Exposé : La Religieuse de Diderot / Les Liaisons Dangereuses de Laclos
PLAN
Introduction
- Présentation de l'auteur (Laura)
- Présentation de l'½uvre : résumé et genèse (Margaux)
I - Image et condition de la femme
a) Le manque d'éducation (Laura)
b) Le manque de liberté (Margaux)
II- L'époque et ses m½urs
a) Des mondes clos (Laura)
b) Le scandale (Margaux)
Présentation de l'auteur
Denis Diderot, né en 1713 à Langres et mort en 1784 à Paris est un écrivain, philosophe et encyclopédiste français. Il suit ses études chez les Jésuites, puis au lycée Louis-Le-Grand et devient maître ès Art en 1732. Il mène jusqu'à son mariage, en 1743, une vie de bohême qui lui fait perdre la foi. Pendant cette période, il fait la connaissance de Jean-Jacques Rousseau. En 1747, il est chargé par le libraire Le Breton de diriger avec d'Alembert les travaux de l'Encyclopédie. En parallèle à l'Encyclopédie, Diderot poursuit son oeuvre littéraire tout en menant une vie éclectique et tumultueuse. Ses romans, ses critiques et ses essais philosophiques, dont une grande partie ne sera publiée qu'après sa mort, montrent le souci de définir la véritable nature de l'homme et sa place dans le monde. Diderot propose une morale universelle assise, non pas sur Dieu, mais sur les sentiments naturels de l'homme et sur la raison. Sa santé étant fragile, Diderot ralentit ses publications à partir de 1776 et meurt en 1784. Ses ½uvres les plus célèbres sont Le Neveu de Rameau et Jacques le Fataliste.
Résumé de l'oeuvre :
Suzanne Simonin est la troisième fille d'une famille modeste. Ses deux soeurs aînées ayant été promises en mariage, toute la dot fut dépensée et Suzanne se vit condamné à entrer au couvent, dont le premier fut le couvent Sainte-Marie. Elle apprend par la suite que sa mère l'a mise en ces lieux pour expier ses péchés : Suzanne est sa fille illégitime. Là-bas, elle tente en vain de ne pas devenir soeur et décide finalement de manipuler son entourage afin de se sauver. Elle patiente jusqu'au jour du sacrement, et au moment fatidique elle répond "non" devant les religieux et toute sa famille.Elle est bannie de Sainte-Marie et se retrouve au couvent Longchamp. Elle y rencontre la supérieure Moni, qui demeurera son modèle et son idole tout au long de sa vie. Elle accepte cette fois-ci de faire la cérémonie, à contre coeur, et devient religieuse. Cependant la mère supérieure meurt et est remplacé par une mère tyrannique et machiavélique. Elle épuise Suzanne, ne la nourrit plus, la torture, la dépouille de tous ses biens car elle ne veut pas se conférer au règlement qu'elle applique. Elle tente ainsi de faire un procès, dans la plus grande discrétion, afin de quitter le monde religieux et se protéger de toutes ses consoeurs. Mais malheureusement elle le perd et les religieuses la punissent en la disant " possédée du démon" et la séquestrent dans un cachot pendant trois jours, puis la torturent. Elle réussit, grâce à son avocat, à s'enfuir du couvent et se retrouve dans celui de Saint-Eutrope, où elle subira des attouchements et découvrira la sexualité par le moyen de relations homosexuelles, mais sa naïveté ne la fait pas réaliser immédiatement la gravité de la situation. Elle s'enfuit par la suite de ce couvent, et est recueillie par un moine qui tente lui aussi d'abuser d'elle, mais s'échappe et est embauchée en tant que blanchisseuse par une famille aisée.
Le roman est écrit sous la forme d'une seule et longue lettre, c'est le récit de son histoire à un personnage politique important.
Genèse :
L'oeuvre est à l'origine une plaisanterie de Diderot et du groupe de Madame D'Epinay. Le groupe d'amis se languissant du retour d'un de leur compagnon parti en affaire, ils composent une correspondance fictive basée sur des faits réels que leur ami avait traité. Une jeune fille, cloîtrée contre son grès, qui perd un procès. Afin de publier cette oeuvre, Diderot changea le nom d'origine, Marguerite Delamarre, en Suzanne Simonin.
I- Image et condition de la femme
a) Le manque d'éducation
L'époque de ces deux ½uvres est caractérisée par une place particulière accordée à la femme. La plupart des jeunes filles étaient placées jusqu'au moment de leur mariage dans des couvents ou elles recevaient leur éducation. Néanmoins, Diderot et Laclos dénoncent dans leur roman les failles de cette éducation claustrale trop souvent négligée.
- Cécile Volanges dans Les Liaisons Dangereuses est le symbole même de ce manque d'éducation. Elle semble mieux connaître la musique ou le dessin que la grammaire par exemple. Sa manière de s'exprimer en est la preuve : fautes grammaticales (« je suis bien fâchée que vous êtes encore triste » L.30 ) ; manque de vocabulaire (emploi systématique de l'adverbe « bien ») etc... Diderot fait part de cette réalité de l'intérieur même des couvents. Les activités des religieuses décrites dans le roman sont peu souvent intellectuelles : broderie, tâches ménagères de toutes sortes, et prédominance de l'éducation religieuse sur toutes les autres disciplines.
- La naïveté de Cécile montre aussi un manque d'éducation. Elle ne semble pas familière aux usages du milieu social auquel elle appartient et n'est visiblement pas instruite sur la sexualité. Elle se laisse ainsi dépraver par Valmont avec une facilité déconcertante, elle n'a pas conscience de l'acte qu'elle commet (innocence propre à l'enfant etc...). Dans La Religieuse, Suzanne Simonin ne semble pas non plus être instruite vis-à-vis de la sensualité. Ainsi, tout comme pour Cécile, elle subit des attouchements de la part de la mère supérieure du couvent de Saint-Eutrope, sans se rendre compte des actes commis. (Extrait n°1 : récit de l'intrusion de la mère supérieure dans le lit de Suzanne = Viol Valmont/Cécile). En effet le thème de la sexualité est un tabou au sein des institutions religieuses. Il faudra attendre que le confesseur lui fasse prendre conscience des tendances homosexuelles de cette dernière pour qu'elle réalise ses intentions érotiques (que la mère supérieure faisait passer pour de la simple bienveillance).
En dénonçant ce manque d'éducation, les deux auteurs montrent une volonté propre aux philosophes des Lumières ; celle de dispenser une meilleure instruction.
b) Le manque de liberté
- A cause de cette défaillance dans l'instruction des jeunes filles, les protagonistes féminins de ces deux romans sont sujets à des manipulations. Chez Diderot, Suzanne se laisse convaincre de rentrer au couvent contre sa volonté, poussée par les arguments religieux de sa mère : "Ma fille, car vous l'êtes malgré moi, vos soeurs ont obtenu des lois un nom que vous tenez du crime, n'affligez pas une mère qui expire ; laissez-la descendre paisiblement au tombeau : qu'elle puisse se dire à elle-même, lorsqu'elle sera sur le point de paraître devant le grand juge, qu'elle a réparé sa faute autant qu'il était en elle, qu'elle puisse se flatter qu'après sa mort vous ne porterez point le trouble dans la maison, et que vous ne revendiquerez pas des droits que vous n'avez point." Chez Laclos, Mme de Volanges, Cécile et Mme de Tourvel se laissent aisément manipuler et tromper par les deux libertins, ne se doutant pas de la malhonnêteté de leurs intentions.
L'initiative de faire de Suzanne une religieuse peut-être assimilée à celle d'officier le mariage entre Cécile Volange et Gercourt. En effet, les personnes ayant décidé de ces actes sont les parents des concernés, et ces évènements sont ceux qui vont changer leur vie et être à l'origine de leurs histoires. Le manque de liberté est ici ressenti au niveau des décisions concernant leur schéma de vie, leurs destins sont dans les mains de leurs parents, elles n'ont aucun droit sur leur avenir ni sur elles-mêmes. Elles ne sont pas considérées comme des êtres capables de décision, elles ne sont pas libres d'elles même puisqu'elles sont manipulées par les personnes qui les entourent.
Cependant, ce ne sont pas ses parents qui arrivent à limiter ses actes, et Suzanne est un personnage avide de liberté.
C'est sur ce point qu'elle ressemble au personnage de Merteuil, Suzanne aspire à une liberté intellectuelle et spirituelle, elle remet sans cesse en cause les pratiques cruelles et déplacées de la seconde mère supérieure, et Merteuil est une vraie libertine. Toutes deux s'opposent aux dogmes établis et aux conventions sociales; Elles sont toutes deux opposées à l'autorité. De plus, elles se ressemblent au niveau de l'hypocrisie, puisque Suzanne manipule tout le monde autours d'elle en faisant croire qu'elle va dire "oui" pour être sacrée religieuse et le jour même elle répondra "non" devant l'autel. Et Merteuil avoue qu'elle possède un double jeu et qu'elle manipule tout son entourage dans la lettre 81.
Ces deux femmes qui souffrent du manque de liberté ont trouvé différents moyens pour pallier à ces fatalités et donne ainsi une image de la femme plus sure d'elle et non conforme à la société.
II- L'époque et ses m½urs
a) Des mondes clos
Dans La Religieuse, Diderot offre la vision d'un univers clos entraînant la dégradation des comportements humains. Dans Les Liaisons Dangereuses Laclos va proposer un univers similaire à travers le microcosme aristocratique.
- Dans les deux cas, il semble que les protagonistes évoluent dans des milieux surs. Le couvent est un endroit religieux, sensé être calme et sans danger pour les jeunes filles. Le milieu des aristocrate est lui un milieu ou règnent des valeurs et ou la réputation est essentielle pour un individu. Néanmoins cela n'empêche pas les personnages de se retrouver dans de délicates situations. Au couvent, Suzanne se retrouve confrontée à des religieuses sadiques qui la maltraitent et la torturent, puis à une mère supérieure homosexuelle se livrant à des attouchements sur elle. Chez Laclos, ce sont les libertins qui se trouvent être la source de danger, corrompant et trompant la société sans qu'on les soupçonne. Ils seront la cause d'un véritable drame à la fin de l'½uvre.
- La vie dans un milieu clos s'accompagne pour les deux auteurs d'un comportement absurde. Dans le cloître, certaines religieuses deviennent hystériques, mystiques, et violentes. Dans le couvent de Longchamp, Suzanne a ainsi affaire à une bande de s½urs qui la persécutent, pensant qu'elle est possédée. Elle fait d'ailleurs le récit de l'apparition d'une religieuse devenue folle et enfermée à cause des traitements qu'elle subissait au couvent (extrait n°2). Chez Laclos, l'univers moral de l'aristocratie entraîne des déviances. Désireux de transgresser les codes trop stricts de leur temps, les libertins Mme de Merteuil et le Vicomte de Valmont deviennent ainsi des roués accomplis, semant le désordre autour d'eux, aveuglés par leur orgueil.
- Ces deux univers cantonnés donnent lieu à une application absurde des valeurs morales. La négation et la répression systématique des besoins du corps en sont l'exemple. Dans Les Liaisons Dangereuses le conformisme de la pruderie confond aisément péché et sexualité, et pousse les femmes à la négation de leur corps et de leurs désirs. Suzanne Simonin, elle, est confrontée à des religieuses très strictes au couvent de Longchamp, refusant les moindres plaisir du corps (la nourriture par exemple est réduite à un simple morceau de pain et à de l'eau). On voit ici la grande influence de la religion catholique, qui s'amplifie davantage dans les milieux isolés.
Laclos et Diderot font ainsi une critique des milieux clos dans lesquels les codes moraux appliqués de manière absurde, entraînent une dégradation des comportements humains. La morale religieuse est elle aussi critiquée à travers l'évocation de ces lieux et de ce qu'il s'y passe.
b) Le scandale
Le livre La religieuse de Diderot parait en 1796, peu après sa mort, et à la même époque que Les Liaisons Dangereuses. Le scandale des Liaisons dangereuses est avant tout dû au mystère qui plane sur ces correspondances, sur leur authenticité. Et les histoires qui y sont racontés semblent être insensées pour une époque si prude et les moeurs y sont bien trop légers. En revanche, le livre de La Religieuse fait scandale puisqu'il possède des aspects politiques; en effet, Diderot est avant tout un philosophe des Lumières, et cette oeuvre lui permet d'affirmer son athéisme et dénoncer un monde qui pour lui parait absurde et inhumain. La description qu'il fait de chacun des couvents est hautement désavantageuse pour le monde religieux.
Mais les scandale sont aussi et surtout présent à l'intérieur même des oeuvres.
Ces deux romans sont qualifiés de libertins puisqu'ils remettent en cause les dogmes établis et les présupposés de l'époque. Dans la Religieuse, les trois couvent sont sujet à scandale : le premier car il nie la liberté d'agir et d'opinion de Suzanne, le second car elle y est maltraité, séquestrée, mal nourrie et subie des tortures et des actes de méchanceté gratuite de la part des autre religieuses de manière répété, puis le troisième où elle subit des attouchements de la part de la mère supérieure, il se pose ici le scandale des relations homosexuelles dans un couvent de soeurs catholique. L'oeuvre de Laclos est aussi qualifiée de libertine puisqu'il se pose la même question sur la sexualité, hétérosexuelle cette fois-ci mais la lettre 96 racontant le viol de la jeune Cécile sortie du couvent fait scandale et fait échos aux rapports entre la mère supérieure de Saint-Eutrope et Suzanne.
L'oeuvre fait également scandale puisqu'elle arrive au siècle des Lumières, siècle de la réflexion et du savoir éclairé sur la société, et à une période où le monde religieux et leurs pratiques archaïques sont remises en cause. Cette oeuvre de Diderot dénonce les problèmes connu par les jeunes filles de l'époque, les comportements qu'elles y subissent et les conséquences de telles méthodes.
Extraits
Extrait n°1
Après avoir erré quelques temps dans les corridors, elle vint à ma cellule. (...) Pendant que je dormais, on entra, on s'assit à côté de mon lit ; mes rideaux étaient entr'ouverts ; on tenait une petite bougie dont la lumière m'éclairait le visage, et celle qui la portait me regardait dormir ; ce fut du moins ce que j'en jugeai à son attitude, lorsque j'ouvris les yeux ; et cette personne, c'était la supérieure. Je me levai subitement, elle vit ma frayeur, elle me dit : « Suzanne, rassurez vous, c'est moi... ». (...)
A l'instant elle ferma ma porte, elle éteignit sa bougie, et elle se précipita sur moi. Elle me tenait embrassée, elle était couchée sur ma couverture à coté de moi, son visage était collé sur le mien, elle soupirait et elle me disait d'une voix plaintive et entrecoupée : « Chère amie, ayez pitié de moi !
- Chère mère, lui dis-je, qu'avez-vous ?
- Je tremble, me dit-elle, je frissonne, un froid mortel s'est répandu sur moi.
- Voulez vous que je me lève et que je vous cède mon lit ?
- Non, me dit-elle, il ne serait pas nécessaire que vous vous levassiez ; écartez seulement un peu la couverture, que je m'approche de vous, que je me réchauffe, et que je guérisse.
- Chère mère, lui dis-je, cela est défendu. (...)
- Chère amie, me dit-elle, tout dort autour de nous, personne n'en saura rien. (...) Que je me réchauffe un moment et je m'en irai. Donnez moi votre main... Tenez, me dit-elle, voyez, je tremble, je frissonne, je suis comme un marbre... » (...)
Elle me disait à voix basse « Suzanne, mon amie, rapprochez vous un peu... » Elle étendit ses bras, je lui tournai le dos ; elle me prit doucement, elle me tira vers elle, elle passa son bras droit sous mon corps, et l'autre au dessus, et elle me dit : « Je suis glacée ; j'ai si froid que je crains de vous toucher, de peur de vous faire mal.
-Chère mère, ne craignez rien. »
Aussitôt, elle mit une de ses mains sur ma poitrine et l'autre autour de ma ceinture : ses pieds étaient posés sous les miens, et la chère mère me disait « Ah ! Chère amie, voyez comme mes pieds se sont promptement réchauffés, parce qu'il n'y a rien qui les sépare des vôtres.
- Mais, lui dis-je, qui empêche que vous ne vous réchauffiez partout de la même manière ?
- Rien, si vous voulez. »
Je m'étais retournée ; elle avait écarté son linge, et j'allais écarter le mien, lorsque tout à coup on frappa deux coups violents à la porte.
Extrait n°2
Il arriva un jour qu'il s'en échappa une de ces dernières de la cellule où on la tenait renfermée. Je n'ai jamais rien vu de si hideux. Elle était échevelée et presque sans vêtement ; elle traînait des chaînes de fer ; ses yeux étaient égarés ; elle s'arrachait les cheveux ; elle se frappait la poitrine avec les poings, elle courait, elle hurlait ; elle se chargeait elle-même et les autres des plus terribles imprécations ; elle cherchait une fenêtre pour s'y précipiter.
PLAN
Introduction
- Présentation de l'auteur (Laura)
- Présentation de l'½uvre : résumé et genèse (Margaux)
I - Image et condition de la femme
a) Le manque d'éducation (Laura)
b) Le manque de liberté (Margaux)
II- L'époque et ses m½urs
a) Des mondes clos (Laura)
b) Le scandale (Margaux)
Présentation de l'auteur
Denis Diderot, né en 1713 à Langres et mort en 1784 à Paris est un écrivain, philosophe et encyclopédiste français. Il suit ses études chez les Jésuites, puis au lycée Louis-Le-Grand et devient maître ès Art en 1732. Il mène jusqu'à son mariage, en 1743, une vie de bohême qui lui fait perdre la foi. Pendant cette période, il fait la connaissance de Jean-Jacques Rousseau. En 1747, il est chargé par le libraire Le Breton de diriger avec d'Alembert les travaux de l'Encyclopédie. En parallèle à l'Encyclopédie, Diderot poursuit son oeuvre littéraire tout en menant une vie éclectique et tumultueuse. Ses romans, ses critiques et ses essais philosophiques, dont une grande partie ne sera publiée qu'après sa mort, montrent le souci de définir la véritable nature de l'homme et sa place dans le monde. Diderot propose une morale universelle assise, non pas sur Dieu, mais sur les sentiments naturels de l'homme et sur la raison. Sa santé étant fragile, Diderot ralentit ses publications à partir de 1776 et meurt en 1784. Ses ½uvres les plus célèbres sont Le Neveu de Rameau et Jacques le Fataliste.
Résumé de l'oeuvre :
Suzanne Simonin est la troisième fille d'une famille modeste. Ses deux soeurs aînées ayant été promises en mariage, toute la dot fut dépensée et Suzanne se vit condamné à entrer au couvent, dont le premier fut le couvent Sainte-Marie. Elle apprend par la suite que sa mère l'a mise en ces lieux pour expier ses péchés : Suzanne est sa fille illégitime. Là-bas, elle tente en vain de ne pas devenir soeur et décide finalement de manipuler son entourage afin de se sauver. Elle patiente jusqu'au jour du sacrement, et au moment fatidique elle répond "non" devant les religieux et toute sa famille.Elle est bannie de Sainte-Marie et se retrouve au couvent Longchamp. Elle y rencontre la supérieure Moni, qui demeurera son modèle et son idole tout au long de sa vie. Elle accepte cette fois-ci de faire la cérémonie, à contre coeur, et devient religieuse. Cependant la mère supérieure meurt et est remplacé par une mère tyrannique et machiavélique. Elle épuise Suzanne, ne la nourrit plus, la torture, la dépouille de tous ses biens car elle ne veut pas se conférer au règlement qu'elle applique. Elle tente ainsi de faire un procès, dans la plus grande discrétion, afin de quitter le monde religieux et se protéger de toutes ses consoeurs. Mais malheureusement elle le perd et les religieuses la punissent en la disant " possédée du démon" et la séquestrent dans un cachot pendant trois jours, puis la torturent. Elle réussit, grâce à son avocat, à s'enfuir du couvent et se retrouve dans celui de Saint-Eutrope, où elle subira des attouchements et découvrira la sexualité par le moyen de relations homosexuelles, mais sa naïveté ne la fait pas réaliser immédiatement la gravité de la situation. Elle s'enfuit par la suite de ce couvent, et est recueillie par un moine qui tente lui aussi d'abuser d'elle, mais s'échappe et est embauchée en tant que blanchisseuse par une famille aisée.
Le roman est écrit sous la forme d'une seule et longue lettre, c'est le récit de son histoire à un personnage politique important.
Genèse :
L'oeuvre est à l'origine une plaisanterie de Diderot et du groupe de Madame D'Epinay. Le groupe d'amis se languissant du retour d'un de leur compagnon parti en affaire, ils composent une correspondance fictive basée sur des faits réels que leur ami avait traité. Une jeune fille, cloîtrée contre son grès, qui perd un procès. Afin de publier cette oeuvre, Diderot changea le nom d'origine, Marguerite Delamarre, en Suzanne Simonin.
I- Image et condition de la femme
a) Le manque d'éducation
L'époque de ces deux ½uvres est caractérisée par une place particulière accordée à la femme. La plupart des jeunes filles étaient placées jusqu'au moment de leur mariage dans des couvents ou elles recevaient leur éducation. Néanmoins, Diderot et Laclos dénoncent dans leur roman les failles de cette éducation claustrale trop souvent négligée.
- Cécile Volanges dans Les Liaisons Dangereuses est le symbole même de ce manque d'éducation. Elle semble mieux connaître la musique ou le dessin que la grammaire par exemple. Sa manière de s'exprimer en est la preuve : fautes grammaticales (« je suis bien fâchée que vous êtes encore triste » L.30 ) ; manque de vocabulaire (emploi systématique de l'adverbe « bien ») etc... Diderot fait part de cette réalité de l'intérieur même des couvents. Les activités des religieuses décrites dans le roman sont peu souvent intellectuelles : broderie, tâches ménagères de toutes sortes, et prédominance de l'éducation religieuse sur toutes les autres disciplines.
- La naïveté de Cécile montre aussi un manque d'éducation. Elle ne semble pas familière aux usages du milieu social auquel elle appartient et n'est visiblement pas instruite sur la sexualité. Elle se laisse ainsi dépraver par Valmont avec une facilité déconcertante, elle n'a pas conscience de l'acte qu'elle commet (innocence propre à l'enfant etc...). Dans La Religieuse, Suzanne Simonin ne semble pas non plus être instruite vis-à-vis de la sensualité. Ainsi, tout comme pour Cécile, elle subit des attouchements de la part de la mère supérieure du couvent de Saint-Eutrope, sans se rendre compte des actes commis. (Extrait n°1 : récit de l'intrusion de la mère supérieure dans le lit de Suzanne = Viol Valmont/Cécile). En effet le thème de la sexualité est un tabou au sein des institutions religieuses. Il faudra attendre que le confesseur lui fasse prendre conscience des tendances homosexuelles de cette dernière pour qu'elle réalise ses intentions érotiques (que la mère supérieure faisait passer pour de la simple bienveillance).
En dénonçant ce manque d'éducation, les deux auteurs montrent une volonté propre aux philosophes des Lumières ; celle de dispenser une meilleure instruction.
b) Le manque de liberté
- A cause de cette défaillance dans l'instruction des jeunes filles, les protagonistes féminins de ces deux romans sont sujets à des manipulations. Chez Diderot, Suzanne se laisse convaincre de rentrer au couvent contre sa volonté, poussée par les arguments religieux de sa mère : "Ma fille, car vous l'êtes malgré moi, vos soeurs ont obtenu des lois un nom que vous tenez du crime, n'affligez pas une mère qui expire ; laissez-la descendre paisiblement au tombeau : qu'elle puisse se dire à elle-même, lorsqu'elle sera sur le point de paraître devant le grand juge, qu'elle a réparé sa faute autant qu'il était en elle, qu'elle puisse se flatter qu'après sa mort vous ne porterez point le trouble dans la maison, et que vous ne revendiquerez pas des droits que vous n'avez point." Chez Laclos, Mme de Volanges, Cécile et Mme de Tourvel se laissent aisément manipuler et tromper par les deux libertins, ne se doutant pas de la malhonnêteté de leurs intentions.
L'initiative de faire de Suzanne une religieuse peut-être assimilée à celle d'officier le mariage entre Cécile Volange et Gercourt. En effet, les personnes ayant décidé de ces actes sont les parents des concernés, et ces évènements sont ceux qui vont changer leur vie et être à l'origine de leurs histoires. Le manque de liberté est ici ressenti au niveau des décisions concernant leur schéma de vie, leurs destins sont dans les mains de leurs parents, elles n'ont aucun droit sur leur avenir ni sur elles-mêmes. Elles ne sont pas considérées comme des êtres capables de décision, elles ne sont pas libres d'elles même puisqu'elles sont manipulées par les personnes qui les entourent.
Cependant, ce ne sont pas ses parents qui arrivent à limiter ses actes, et Suzanne est un personnage avide de liberté.
C'est sur ce point qu'elle ressemble au personnage de Merteuil, Suzanne aspire à une liberté intellectuelle et spirituelle, elle remet sans cesse en cause les pratiques cruelles et déplacées de la seconde mère supérieure, et Merteuil est une vraie libertine. Toutes deux s'opposent aux dogmes établis et aux conventions sociales; Elles sont toutes deux opposées à l'autorité. De plus, elles se ressemblent au niveau de l'hypocrisie, puisque Suzanne manipule tout le monde autours d'elle en faisant croire qu'elle va dire "oui" pour être sacrée religieuse et le jour même elle répondra "non" devant l'autel. Et Merteuil avoue qu'elle possède un double jeu et qu'elle manipule tout son entourage dans la lettre 81.
Ces deux femmes qui souffrent du manque de liberté ont trouvé différents moyens pour pallier à ces fatalités et donne ainsi une image de la femme plus sure d'elle et non conforme à la société.
II- L'époque et ses m½urs
a) Des mondes clos
Dans La Religieuse, Diderot offre la vision d'un univers clos entraînant la dégradation des comportements humains. Dans Les Liaisons Dangereuses Laclos va proposer un univers similaire à travers le microcosme aristocratique.
- Dans les deux cas, il semble que les protagonistes évoluent dans des milieux surs. Le couvent est un endroit religieux, sensé être calme et sans danger pour les jeunes filles. Le milieu des aristocrate est lui un milieu ou règnent des valeurs et ou la réputation est essentielle pour un individu. Néanmoins cela n'empêche pas les personnages de se retrouver dans de délicates situations. Au couvent, Suzanne se retrouve confrontée à des religieuses sadiques qui la maltraitent et la torturent, puis à une mère supérieure homosexuelle se livrant à des attouchements sur elle. Chez Laclos, ce sont les libertins qui se trouvent être la source de danger, corrompant et trompant la société sans qu'on les soupçonne. Ils seront la cause d'un véritable drame à la fin de l'½uvre.
- La vie dans un milieu clos s'accompagne pour les deux auteurs d'un comportement absurde. Dans le cloître, certaines religieuses deviennent hystériques, mystiques, et violentes. Dans le couvent de Longchamp, Suzanne a ainsi affaire à une bande de s½urs qui la persécutent, pensant qu'elle est possédée. Elle fait d'ailleurs le récit de l'apparition d'une religieuse devenue folle et enfermée à cause des traitements qu'elle subissait au couvent (extrait n°2). Chez Laclos, l'univers moral de l'aristocratie entraîne des déviances. Désireux de transgresser les codes trop stricts de leur temps, les libertins Mme de Merteuil et le Vicomte de Valmont deviennent ainsi des roués accomplis, semant le désordre autour d'eux, aveuglés par leur orgueil.
- Ces deux univers cantonnés donnent lieu à une application absurde des valeurs morales. La négation et la répression systématique des besoins du corps en sont l'exemple. Dans Les Liaisons Dangereuses le conformisme de la pruderie confond aisément péché et sexualité, et pousse les femmes à la négation de leur corps et de leurs désirs. Suzanne Simonin, elle, est confrontée à des religieuses très strictes au couvent de Longchamp, refusant les moindres plaisir du corps (la nourriture par exemple est réduite à un simple morceau de pain et à de l'eau). On voit ici la grande influence de la religion catholique, qui s'amplifie davantage dans les milieux isolés.
Laclos et Diderot font ainsi une critique des milieux clos dans lesquels les codes moraux appliqués de manière absurde, entraînent une dégradation des comportements humains. La morale religieuse est elle aussi critiquée à travers l'évocation de ces lieux et de ce qu'il s'y passe.
b) Le scandale
Le livre La religieuse de Diderot parait en 1796, peu après sa mort, et à la même époque que Les Liaisons Dangereuses. Le scandale des Liaisons dangereuses est avant tout dû au mystère qui plane sur ces correspondances, sur leur authenticité. Et les histoires qui y sont racontés semblent être insensées pour une époque si prude et les moeurs y sont bien trop légers. En revanche, le livre de La Religieuse fait scandale puisqu'il possède des aspects politiques; en effet, Diderot est avant tout un philosophe des Lumières, et cette oeuvre lui permet d'affirmer son athéisme et dénoncer un monde qui pour lui parait absurde et inhumain. La description qu'il fait de chacun des couvents est hautement désavantageuse pour le monde religieux.
Mais les scandale sont aussi et surtout présent à l'intérieur même des oeuvres.
Ces deux romans sont qualifiés de libertins puisqu'ils remettent en cause les dogmes établis et les présupposés de l'époque. Dans la Religieuse, les trois couvent sont sujet à scandale : le premier car il nie la liberté d'agir et d'opinion de Suzanne, le second car elle y est maltraité, séquestrée, mal nourrie et subie des tortures et des actes de méchanceté gratuite de la part des autre religieuses de manière répété, puis le troisième où elle subit des attouchements de la part de la mère supérieure, il se pose ici le scandale des relations homosexuelles dans un couvent de soeurs catholique. L'oeuvre de Laclos est aussi qualifiée de libertine puisqu'il se pose la même question sur la sexualité, hétérosexuelle cette fois-ci mais la lettre 96 racontant le viol de la jeune Cécile sortie du couvent fait scandale et fait échos aux rapports entre la mère supérieure de Saint-Eutrope et Suzanne.
L'oeuvre fait également scandale puisqu'elle arrive au siècle des Lumières, siècle de la réflexion et du savoir éclairé sur la société, et à une période où le monde religieux et leurs pratiques archaïques sont remises en cause. Cette oeuvre de Diderot dénonce les problèmes connu par les jeunes filles de l'époque, les comportements qu'elles y subissent et les conséquences de telles méthodes.
Extraits
Extrait n°1
Après avoir erré quelques temps dans les corridors, elle vint à ma cellule. (...) Pendant que je dormais, on entra, on s'assit à côté de mon lit ; mes rideaux étaient entr'ouverts ; on tenait une petite bougie dont la lumière m'éclairait le visage, et celle qui la portait me regardait dormir ; ce fut du moins ce que j'en jugeai à son attitude, lorsque j'ouvris les yeux ; et cette personne, c'était la supérieure. Je me levai subitement, elle vit ma frayeur, elle me dit : « Suzanne, rassurez vous, c'est moi... ». (...)
A l'instant elle ferma ma porte, elle éteignit sa bougie, et elle se précipita sur moi. Elle me tenait embrassée, elle était couchée sur ma couverture à coté de moi, son visage était collé sur le mien, elle soupirait et elle me disait d'une voix plaintive et entrecoupée : « Chère amie, ayez pitié de moi !
- Chère mère, lui dis-je, qu'avez-vous ?
- Je tremble, me dit-elle, je frissonne, un froid mortel s'est répandu sur moi.
- Voulez vous que je me lève et que je vous cède mon lit ?
- Non, me dit-elle, il ne serait pas nécessaire que vous vous levassiez ; écartez seulement un peu la couverture, que je m'approche de vous, que je me réchauffe, et que je guérisse.
- Chère mère, lui dis-je, cela est défendu. (...)
- Chère amie, me dit-elle, tout dort autour de nous, personne n'en saura rien. (...) Que je me réchauffe un moment et je m'en irai. Donnez moi votre main... Tenez, me dit-elle, voyez, je tremble, je frissonne, je suis comme un marbre... » (...)
Elle me disait à voix basse « Suzanne, mon amie, rapprochez vous un peu... » Elle étendit ses bras, je lui tournai le dos ; elle me prit doucement, elle me tira vers elle, elle passa son bras droit sous mon corps, et l'autre au dessus, et elle me dit : « Je suis glacée ; j'ai si froid que je crains de vous toucher, de peur de vous faire mal.
-Chère mère, ne craignez rien. »
Aussitôt, elle mit une de ses mains sur ma poitrine et l'autre autour de ma ceinture : ses pieds étaient posés sous les miens, et la chère mère me disait « Ah ! Chère amie, voyez comme mes pieds se sont promptement réchauffés, parce qu'il n'y a rien qui les sépare des vôtres.
- Mais, lui dis-je, qui empêche que vous ne vous réchauffiez partout de la même manière ?
- Rien, si vous voulez. »
Je m'étais retournée ; elle avait écarté son linge, et j'allais écarter le mien, lorsque tout à coup on frappa deux coups violents à la porte.
Extrait n°2
Il arriva un jour qu'il s'en échappa une de ces dernières de la cellule où on la tenait renfermée. Je n'ai jamais rien vu de si hideux. Elle était échevelée et presque sans vêtement ; elle traînait des chaînes de fer ; ses yeux étaient égarés ; elle s'arrachait les cheveux ; elle se frappait la poitrine avec les poings, elle courait, elle hurlait ; elle se chargeait elle-même et les autres des plus terribles imprécations ; elle cherchait une fenêtre pour s'y précipiter.