Jean de La Fontaine
1°) Biographie
Jean de la Fontaine est né à Chateau-Thierry le 8 juillet 1621.
Son père Charles, alors âgé de 27 ans, était maître des Eaux et Forêts et Capitaine des Chasses.
Sa mère, née Françoise Pidoux, était originaire de Coulommiers dans le Poitou. Elle avait 12 ans de plus que son époux et était déjà mère d'une fille d'un premier mariage.
On ne connaît que peu les premières années de La Fontaine. On sait néanmoins qu'il étudia au collège de Château-Thierry jusqu'en troisième. Il y apprit surtout le latin, mais, soit par négligence, soit par paresse, ne s'intéressa pas au grec. Il le regrettera plus tard quand il aura besoin de certains textes anciens dont il ne pourra lire que les traductions latines.
C'est à cette époque qu'il fit la connaissance des frères Maucroix: Louis et François qui restera son plus fidèle ami et son confident.
En 1641, il entra à l'Oratoire, rue St Honoré, à Paris. Mais la vie monacale ne l'intéressait pas plus que le travail scolaire qu'il avait rejeté. Dans cette école, il appréciait surtout le calme et la tranquillité qui lui permettait de s'adonner à la lecture, son passe-temps préféré. Malheureusement pour ses maîtres, ses lectures n'étaient pas celles prônées par l'Oratoire. Il quitta cet établissement 18 mois plus tard.
Il se remit alors aux études de droit et décrocha, en 1649, un diplôme d'avocat au parlement de Paris.
Entre temps, en 1647, son père le maria à Marie Héricart, alors âgée de 14 ans (1647). Mais ce mariage de complaisance ne fut pas un mariage heureux, c'est le moins que l'on puisse dire. Et malgré la naissance d'une enfant, Charles, en 1653, La Fontaine ne fut jamais ni un bon mari, ni un bon père.
En 1652, La Fontaine fut reçu en qualité de Maître des Eaux et Forêts. Il essaya du mieux qu'il pût d'exercer cette lourde tâche. On retrouve sa signature jusqu'en 1671 sur certains écrits du canton de Château-Thierry. En 1672, il vendra l'intégralité de cette charge.
Lorsque le travail lui en laissait le temps (de plus en plus souvent au fil des années !), il partait à Paris rencontrer ses amis. Là, il se mêlait aux sociétés précieuses et surtout libertines de l'époque. Il y rencontrait Maucroix, Furetière, les frères Tallemant, Antoine de la Sablière.
Sa vocation poétique s'éveillait de plus en plus. Il passait de longues heures à lire Malherbe, son préféré, mais il admirait aussi les écrits de Benserade et Voiture, Rabelais et Boccace.
C'était pour lui le moment des petits vers, épîtres, épigrammes, ballades à la façon de Marot. Il traduisit l'Eunuque de Térence (1654), composa une comédie Clymène vers 1659, et un poème: Adonis qu'il offrit à Nicolas Fouquet, alors surintendant des finances.
Il entra à cette époque au service de Fouquet. Il lui dédia 'le Songe de Vaux', ainsi qu'une trentaine de poèmes qu'il devait donner, par contrat, au surintendant. Au moment de la chute de Fouquet, La Fontaine resta son plus fidèle défenseur. Il écrivit à cette occasion 'l'ode au roi' et surtout l'admirable 'Élégie aux nymphes de Vaux. Cette fidélité à Fouquet lui valut rapidement la haine de Colbert, puis celle de Louis XIV lui-même.
Peu après, il se lia intimement avec Molière, Boileau et Racine et écrit 'les amours de Psyché et Cupidon', charmant roman en prose entremêlé de vers(1669).
Après Fouquet, il fut le protégé de la Duchesse de Bouillon et la Duchesse d'Orléans. En 1673, il passa chez Madame de la Sablière, et après la mort de celle-ci en 1693, chez Madame Hervart.
En 1684, il fut élu, non sans mal à l'Académie, au fauteuil de Colbert !! Lisez à ce propos la page consacrée à cette élection. Il fut un excellent académicien, régulièrement présent aux séances. Dans la Querelle des Anciens et des Modernes, il se rangea résolument dans le clan des anciens qu'il défendit avec acharnement. A l'Académie, il retrouva Boileau, Perrault, Furetière.
La vieillesse et la maladie amenèrent sa conversion (1692). Il fut obligé de renier ses écrits licencieux. Il mourut en 1695.
Outre les contes, et surtout les fables qui constituent toute sa gloire, La Fontaine s'est essayé dans tous les genres. Il faut citer Philémon et Baucis en 1685, et particulièrement les épîtres dans lesquelles il excelle: 'épître à Huet', 'Discours à Madame de la Sablière'
Il a laissé une énorme correspondance, notamment des lettres à Madame de La Fontaine (1663) écrites lors de son exil volontaire dans le Limousin, mais aussi une importante série de lettres à son oncle Jannard et à son ami Maucroix.
Ses contes sont divisés en cinq livres publiés en 1664, 1665, 1666, 1668, 1671, 1674 et 1682. Ecrits pour la Duchesse de Bouillon, ils empruntent leurs sujets à Boccace, à l'Arioste et aux nouvellistes italiens.
Ses fables, au nombre de 243 restent son chef d'oeuvre. Certains considèrent la Fontaine comme un copieur qui n'a rien inventé, mais il est certain que sans sa contribution, les noms d'Esope et de Phèdre, entre autres, n'auraient pas le retentissement qu'ils ont maintenant. La Fontaine s'est certes inspiré de ces fables anciennes, mais il les a considérablement améliorées et écrites dans une langue belle et douce à lire.
Plus de 12 000 vers, rien que pour les fables !!! Pas si mal pour un paresseux et un oisif !!!
2°) Son oeuvre
Sans pour autant être sa seule création, les Fables sont incontestablement son chef-d'½uvre. Le premier recueil fut publié en 1668, et ne cessa d'être augmenté de textes nouveaux. Le choix du genre de la fable répondait à une stratégie littéraire complexe, qui peut paraître paradoxale. Remontant à une tradition ancienne (Ésope, VIe siècle av. J.-C.), la fable, ou apologue, est un genre d'origine populaire, consistant en un récit court, souvent agrémenté d'un dialogue, et servant à illustrer une morale. Au cours des siècles, le répertoire de la fable s'est constamment enrichi, constituant un fonds de sagesse populaire et de morale pratique. Les latins (Phèdre, Ier siècle), puis les auteurs français et italiens du Moyen Âge et de la Renaissance ont perpétué cette tradition, surtout présente au XVIIe siècle dans l'usage scolaire : on s'en servait alors dans les collèges comme exercice de traduction et comme leçon de morale. Le genre de la fable est au XVIIe siècle un genre bas, sans dignité littéraire. Or c'est ce genre que choisit La Fontaine, qui y voyait la possibilité de pratiquer une poésie naturelle, spontanée, pleine d'élégante simplicité, propre à plaire au public des salons. Dès la publication du premier livre des Fables, une véritable mode fut lançée : «Il n'y a pas d'instruction qui soit plus naturelle et qui touche plus vivement que celle-ci.», écrivit l'académicien Furetière en 1671.
La Fontaine avait, il est vrai, transformé ce genre simple, quasi rustique de l'apologue ésopique. La grande nouveauté de ses Fables réside dans l'importance accordée au récit. La morale était pour ainsi dire la colonne vertébrale de l'apologue ésopique, le récit n'ayant qu'une fonction secondaire, d'illustration. Chez La Fontaine, au contraire, celui-ci se développe considérablement par rapport à la morale, qui, loin de rester la seule finalité de la fable, en devient plutôt le prétexte. Ainsi, les canevas des fables d'Ésope se transforment-ils en véritables petites scènes de genre, pittoresques et circonstanciées, le plus souvent teintées d'humour. Jouant sur l'alternance irrégulière de différents mètres (octosyllabes et alexandrins, par exemple), utilisant des effets complexes de rythmes, d'assonances et de rimes, La Fontaine se sert de toutes les ressources de la forme versifiée pour dynamiser le récit, lui donner l'allure naturelle d'un conte, à mi-chemin entre prose et poésie. Par ailleurs, le rapport, constitutif du genre, entre récit et morale, est subverti, ou du moins assoupli par La Fontaine, qui explore toutes les possibilités que peut lui fournir cette structure de l'apologue. S'abstenant souvent de formuler la morale (c'est le cas, notamment, de la première fable du recueil, «la Cigale et la fourmi»), proposant parfois deux fables propres à illustrer la même morale (comme pour «le Héron» et «la Fille», Fables, VII, 4), ou, à l'inverse, deux morales expliquant la même fable, il invite le lecteur à lire la fable comme un jeu, et à prendre ses distances avec toute tentation de moralisme. Charge est alors donnée au lecteur de suppléer à l'absence de dogmatisme du fabuliste en dégageant, selon sa propre subjectivité, une leçon morale qu'on s'abstient de lui formuler de façon univoque. Car les Fables de La Fontaine, c'est là peut-être leur caractéristique la plus spécifique, déploient, à l'échelle de la fable, comme à l'échelle du recueil, une esthétique de la conversation. Abondant en dialogues, leur récit est composé d'une polyphonie de voix narratives, qui leur donnent leur dimension théâtrale : la morale elle-même se trouve parfois dans la bouche d'un personnage, comme le Renard («Apprenez, Monsieur du Corbeau, que tout flatteur vit au dépend de celui qui l'écoute!», «le Corbeau et le renard», Fables, I, 2). Mais surtout, le fabuliste se met lui-même en scène sur le théâtre de ses fables, prenant le lecteur à parti, nourrissant certains des récits d'expressions personnelles («Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi; je m'écarte, je vais détrôner le Sophi, on m'élit roi, mon peuple m'aime. Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant : quelque accident fait-il que je rentre en moi-même!; je suis gros Jean comme devant!», «la Laitière et le pot au lait», Fables, VII, 9). Ainsi, le conteur-fabuliste joue-t-il un rôle de médiateur, par rapport à la société policée de ses lecteurs, désignée par les épîtres-liminaires de chacun des douze livres du recueil. À cette société, il adresse, en images et en discours, la figure d'un monde imaginaire, reflet voilé et plein de grâce du monde dur, féroce et cruel de la société des hommes. Telle est la fonction du conteur-fabuliste qui cherche à ménager une distance esthétique entre la vérité des «choses de la vie» et les sentiments délicats de ses auditeurs civilisés.
Ses sources
En ce qui concerne le texte même de la source, pour les auteurs grecs : Esope, Babrius, Aphtonius.
Le Livre de chevet de La Fontaine a semblé être le Névelet. C'est une tradition chez les commentateurs de La Fontaine de penser qu'il a eu recours, pour trouver les fables dont il s'est inspiré, à un recueil très en vogue à l'époque très commode et très complet: Mythologia Aesopica Isaaci Nicolai Neveleti, Francfort, 1610. On y trouve, non seulement le texte d'Esope avec sa traduction en latin, le tout enrichi de gravures.
Les fabulistes cités ici, à titre de "sources" de la Fontaine sont:
Esope: Fabuliste grec (VII° VI° siècle avant JC). Personnage à demi-légendaire, esclave bègue et bossu. D'après Plutarque, il fut mis à mort par les Delphiens. Esope vivait à la cour du roi de Lydie et écrivit des fables en s'inspirant des contes orientaux avant que La Fontaine ne s'inspirât des siens. Esope offrit à La Fontaine des canevas brefs et simplets. En fait, il donna à La Fontaine l'idée et l'intrigue de la fable que celui-ci mettait ensuite en forme.
Phèdre: Ecrivain latin (15 av JC, 50 Ap JC). Il imita Esope dans ses 123 fables qui dotèrent la littérature latine d'un genre nouveau.
Faërne: Né à Crémone en 1520. Il composa sur l'ordre de Pie IV 100 fables en vers imitées d'Esope, pour la plupart écrites dans un latin très élégant.Parues en 1564, soit 2 ans après sa mort, elles jouirent d'une telle popularité que Charles Perrault en fit paraître à Londres, en 1718, une belle édition dont le titre était: Cent fables en latin et en français choisies des anciens auteurs, mises en vers par G. Faërne et traduites par Charles Perrault.
Verdizotti: Fabuliste italien (1530-1607). Comme Faërne, il publia 100 fables sous un titre analogue et qui traitent à peu près les mêmes sujets:Cento Favole Morali (1570). Il y a lieu de penser que c'est lui qui imita Faërne, et non le contraire. Il n'est pas impossible que La Fontaine s'en soit inspiré.
Abstémius:(ou Bévilacqua): Bibliothécaire du Duc d'Urbin (Fin du XV°, début du XVI°). Il écrit en prose latine 200 fables. Elles sont parfois assez bien tournées et La Fontaine y eut recours de plus en plus dans ses dernières fables (Livres 9 à 12).
Haudent: Poète normand du milieu du XVI° Siècle. Il a imité en vers, et d'assez près, toutes les fables d'Esope, au point d'en donner autant de versions différentes qu'il y a de versions différentes dans le texte original. "Trois cent soixante et six apologues d'Esope, très excellent philosophe, premièrement traduits en latin par plusieurs illustres auteurs, Laurens Valle, Erasme et d'autres, et nouvellement de latin en rythmes français par M.Guillaume Haudent", Rouen, 1547. Il est très vraisemblable que pour certaines fables, la Fontaine se soit inspiré de la version de Haudent
Flavius Avianus: (II° siècle) a écrit 42 fables, d'un style latin douteux et d'un style un peu emphatique: l'art de dire de façon compliquée les choses même les plus simples.
Aphtonius d'Antioche: (II° siècle): utilisa certaines fables comme exercices de style.
Babrius, appelé aussi Gabrias par La Fontaine (III° siècle) A écrit un certain nombre de fables, mais qui ont été souvent égarées. Ses fables ont été déformées par un moine: Ignace qui les avait raccourcies en quatrains peu agréables à lire. La Fontaine s'inspira peu de cet auteur, si ce n'est pour certains thèmes.
Gilles Corrozet a traduit un certain nombre de fables d'Esope. La Fontaine ne s'est que peu inspiré de lui, ni de Guillaume Guéroult qui avait également travaillé sur Esope. Seules quelques tournures de phrases peuvent être rapprochées.
Les fabulistes orientaux, connus de La Fontaine par les histoires racontées par Bernier, grand voyageur, de retour des Indes en 1669. La Fontaine s'inspira notamment des fables de Pilpay, dont l'original était écrit en sanscrit. La Fontaine s'en procura un exemplaire traduit en français sous le titre "Les lumières canoniques" par Gaulmin. Quelques fables tirées d'ouvrages arabes ou hébreux ont également parfois inspiré La Fontaine.
Les personnages des Fables :
Ces personnages, au nombre incroyable de quatre cent soixante-neuf, peuvent être classés en plusieurs catégories:
Parlons, tout d'abord des animaux. Ils sont au nombre de cent vingt-cinq.
On y trouve d'abord les forts et les puissants: le chat, le lion, la lionne, le loup, le renard, l'aigle, le milan et le vautour.
D'un autre côté, on trouve les faibles, les victimes: le mouton, l'agneau, la brebis, le chevreau, l'âne, la souris, les poissons.
Le chien, les grenouilles, le serpent, l'éléphant, le rat, sont parfois forts, parfois faibles en fonction de l'animal auquel ils sont confrontés.
Les personnages naturels apparaissent parfois dans les fables: la lune, le soleil, le vent, le pot.
Dans les livres VII à XII, La Fontaine introduit à loisir les végétaux et d'autres éléments de la nature: l'eau, les torrents, la mer, les jardins, les citrouilles, le gland.
Viennent aussi les personnages humains:
Cent vingt-trois hommes, de toutes les classes sociales, du plus pauvre au plus illustre de tous: le roi qui apparaît trente-deux fois dans les fables. On trouve des paysans, des juges, des médecins, des riches et des bourgeois, des curés, des métayers et des seigneurs. Ils ont, bien sûr les qualités et les défauts des hommes: ils sont ivrognes, cupides, avares, distraits, égoïstes, méchants, courtisans et serviles. Ils cherchent la gloire et la richesse, ils croient à la fortune plus qu'au travail.
Peu de femmes, par contre: seulement quinze, et pas toujours sous leur meilleur jour: bavardes, mauvaises épouses, noyée même!!!
Les personnages mythologiques; au nombre de quatre-vingt-cinq, ils apparaissent souvent pour rendre compte de leur puissance aux hommes. Ils arrivent parfois comme juges, pour séparer des conflits entre différents personnages. Parfois, même, ils sont personnages de fables à part entière (Phébus et Borée VI, 3).
Enfin, les personnages historiques, littéraires, légendaires et philosophiques apparaissent quatre-vingts fois.
Je n'oublierai pas la Mort, qui, à mon avis, tient une place importante et à part dans l'oeuvre de La Fontaine.
La querelle des anciens et des modernes.
Controverse sur les mérites respectifs des écrivains de l'Antiquité et de ceux du siècle du Louis XIV, qui divisa le monde littéraire français à partir des années 1670. Elle reprend un débat déjà agité au XVIe siècle, celui qui oppose les imitateurs des Anciens à ceux qui prônent le rejet des modèles antiques et l'invention de formes modernes. Suivant l'exemple de Descartes et de Pascal, les Modernes (Charles Perrault , Quinault, Saint-Évremond , Fontenelle, Houdar de La Motte) critiquent l'Antiquité parce qu'ils contestent le principe d'autorité, en raison du progrès des techniques et des sciences, et en raison de l'ennui que les auteurs anciens peuvent susciter auprès d'un public mondain et féminin : la permanence des lois de la nature interdit, selon eux, de considérer les Modernes comme inférieurs à leurs ancêtres. Les Anciens (Boileau, Racine, Bossuet, La Bruyère, La Fontaine) ne peuvent répondre sur le terrain de la théorie, mais invoquent le génie des écrivains antiques, d'Homère et de Virgile, pour expliquer qu'ils doivent rester des modèles dans la pratique des arts. Cette querelle se déroula en trois étapes principales. Dans la première, le débat portait sur l'épopée et le poème héroïques. Boileau , dans son Art poétique (1674), condamnait les tentatives de création d'une épopée nationale, faisant appel au merveilleux chrétien, préconisant le respect des modèles grecs et latins, le recours à la mythologie. La querelle s'élargit à la question de l'emploi du français au lieu du latin dans les inscriptions. La deuxième étape, la plus importante, commença en 1687, avec le poème que Charles Perrault présenta à l' Académie : le Siècle de Louis le Grand critique les Anciens, fait l'éloge des contemporains, proclame le siècle de Louis XIV supérieur à celui d'Auguste. Boileau s'indigna et attaqua, soutenu par La Bruyère . Les Modernes exposèrent leurs thèses dans la revue le Mercure galant. Arnauld réconcilia les adversaires dans les dernières années du siècle. Vingt ans plus tard, la querelle reprit, à propos de la traduction d'Homère en prose par Mme Dacier, que La Motte adapta en vers, supprimant ce qu'il appelait des longueurs pour adapter l'Iliade aux goûts modernes. Cette fois-ci, l'apaisement vint de Fontenelle. Bien plus que le faux problème de la supériorité, cette querelle posait la question du progrès et de la naissance d'idées nouvelles, soutenues par une nouvelle esthétique.
1°) Biographie
Jean de la Fontaine est né à Chateau-Thierry le 8 juillet 1621.
Son père Charles, alors âgé de 27 ans, était maître des Eaux et Forêts et Capitaine des Chasses.
Sa mère, née Françoise Pidoux, était originaire de Coulommiers dans le Poitou. Elle avait 12 ans de plus que son époux et était déjà mère d'une fille d'un premier mariage.
On ne connaît que peu les premières années de La Fontaine. On sait néanmoins qu'il étudia au collège de Château-Thierry jusqu'en troisième. Il y apprit surtout le latin, mais, soit par négligence, soit par paresse, ne s'intéressa pas au grec. Il le regrettera plus tard quand il aura besoin de certains textes anciens dont il ne pourra lire que les traductions latines.
C'est à cette époque qu'il fit la connaissance des frères Maucroix: Louis et François qui restera son plus fidèle ami et son confident.
En 1641, il entra à l'Oratoire, rue St Honoré, à Paris. Mais la vie monacale ne l'intéressait pas plus que le travail scolaire qu'il avait rejeté. Dans cette école, il appréciait surtout le calme et la tranquillité qui lui permettait de s'adonner à la lecture, son passe-temps préféré. Malheureusement pour ses maîtres, ses lectures n'étaient pas celles prônées par l'Oratoire. Il quitta cet établissement 18 mois plus tard.
Il se remit alors aux études de droit et décrocha, en 1649, un diplôme d'avocat au parlement de Paris.
Entre temps, en 1647, son père le maria à Marie Héricart, alors âgée de 14 ans (1647). Mais ce mariage de complaisance ne fut pas un mariage heureux, c'est le moins que l'on puisse dire. Et malgré la naissance d'une enfant, Charles, en 1653, La Fontaine ne fut jamais ni un bon mari, ni un bon père.
En 1652, La Fontaine fut reçu en qualité de Maître des Eaux et Forêts. Il essaya du mieux qu'il pût d'exercer cette lourde tâche. On retrouve sa signature jusqu'en 1671 sur certains écrits du canton de Château-Thierry. En 1672, il vendra l'intégralité de cette charge.
Lorsque le travail lui en laissait le temps (de plus en plus souvent au fil des années !), il partait à Paris rencontrer ses amis. Là, il se mêlait aux sociétés précieuses et surtout libertines de l'époque. Il y rencontrait Maucroix, Furetière, les frères Tallemant, Antoine de la Sablière.
Sa vocation poétique s'éveillait de plus en plus. Il passait de longues heures à lire Malherbe, son préféré, mais il admirait aussi les écrits de Benserade et Voiture, Rabelais et Boccace.
C'était pour lui le moment des petits vers, épîtres, épigrammes, ballades à la façon de Marot. Il traduisit l'Eunuque de Térence (1654), composa une comédie Clymène vers 1659, et un poème: Adonis qu'il offrit à Nicolas Fouquet, alors surintendant des finances.
Il entra à cette époque au service de Fouquet. Il lui dédia 'le Songe de Vaux', ainsi qu'une trentaine de poèmes qu'il devait donner, par contrat, au surintendant. Au moment de la chute de Fouquet, La Fontaine resta son plus fidèle défenseur. Il écrivit à cette occasion 'l'ode au roi' et surtout l'admirable 'Élégie aux nymphes de Vaux. Cette fidélité à Fouquet lui valut rapidement la haine de Colbert, puis celle de Louis XIV lui-même.
Peu après, il se lia intimement avec Molière, Boileau et Racine et écrit 'les amours de Psyché et Cupidon', charmant roman en prose entremêlé de vers(1669).
Après Fouquet, il fut le protégé de la Duchesse de Bouillon et la Duchesse d'Orléans. En 1673, il passa chez Madame de la Sablière, et après la mort de celle-ci en 1693, chez Madame Hervart.
En 1684, il fut élu, non sans mal à l'Académie, au fauteuil de Colbert !! Lisez à ce propos la page consacrée à cette élection. Il fut un excellent académicien, régulièrement présent aux séances. Dans la Querelle des Anciens et des Modernes, il se rangea résolument dans le clan des anciens qu'il défendit avec acharnement. A l'Académie, il retrouva Boileau, Perrault, Furetière.
La vieillesse et la maladie amenèrent sa conversion (1692). Il fut obligé de renier ses écrits licencieux. Il mourut en 1695.
Outre les contes, et surtout les fables qui constituent toute sa gloire, La Fontaine s'est essayé dans tous les genres. Il faut citer Philémon et Baucis en 1685, et particulièrement les épîtres dans lesquelles il excelle: 'épître à Huet', 'Discours à Madame de la Sablière'
Il a laissé une énorme correspondance, notamment des lettres à Madame de La Fontaine (1663) écrites lors de son exil volontaire dans le Limousin, mais aussi une importante série de lettres à son oncle Jannard et à son ami Maucroix.
Ses contes sont divisés en cinq livres publiés en 1664, 1665, 1666, 1668, 1671, 1674 et 1682. Ecrits pour la Duchesse de Bouillon, ils empruntent leurs sujets à Boccace, à l'Arioste et aux nouvellistes italiens.
Ses fables, au nombre de 243 restent son chef d'oeuvre. Certains considèrent la Fontaine comme un copieur qui n'a rien inventé, mais il est certain que sans sa contribution, les noms d'Esope et de Phèdre, entre autres, n'auraient pas le retentissement qu'ils ont maintenant. La Fontaine s'est certes inspiré de ces fables anciennes, mais il les a considérablement améliorées et écrites dans une langue belle et douce à lire.
Plus de 12 000 vers, rien que pour les fables !!! Pas si mal pour un paresseux et un oisif !!!
2°) Son oeuvre
Sans pour autant être sa seule création, les Fables sont incontestablement son chef-d'½uvre. Le premier recueil fut publié en 1668, et ne cessa d'être augmenté de textes nouveaux. Le choix du genre de la fable répondait à une stratégie littéraire complexe, qui peut paraître paradoxale. Remontant à une tradition ancienne (Ésope, VIe siècle av. J.-C.), la fable, ou apologue, est un genre d'origine populaire, consistant en un récit court, souvent agrémenté d'un dialogue, et servant à illustrer une morale. Au cours des siècles, le répertoire de la fable s'est constamment enrichi, constituant un fonds de sagesse populaire et de morale pratique. Les latins (Phèdre, Ier siècle), puis les auteurs français et italiens du Moyen Âge et de la Renaissance ont perpétué cette tradition, surtout présente au XVIIe siècle dans l'usage scolaire : on s'en servait alors dans les collèges comme exercice de traduction et comme leçon de morale. Le genre de la fable est au XVIIe siècle un genre bas, sans dignité littéraire. Or c'est ce genre que choisit La Fontaine, qui y voyait la possibilité de pratiquer une poésie naturelle, spontanée, pleine d'élégante simplicité, propre à plaire au public des salons. Dès la publication du premier livre des Fables, une véritable mode fut lançée : «Il n'y a pas d'instruction qui soit plus naturelle et qui touche plus vivement que celle-ci.», écrivit l'académicien Furetière en 1671.
La Fontaine avait, il est vrai, transformé ce genre simple, quasi rustique de l'apologue ésopique. La grande nouveauté de ses Fables réside dans l'importance accordée au récit. La morale était pour ainsi dire la colonne vertébrale de l'apologue ésopique, le récit n'ayant qu'une fonction secondaire, d'illustration. Chez La Fontaine, au contraire, celui-ci se développe considérablement par rapport à la morale, qui, loin de rester la seule finalité de la fable, en devient plutôt le prétexte. Ainsi, les canevas des fables d'Ésope se transforment-ils en véritables petites scènes de genre, pittoresques et circonstanciées, le plus souvent teintées d'humour. Jouant sur l'alternance irrégulière de différents mètres (octosyllabes et alexandrins, par exemple), utilisant des effets complexes de rythmes, d'assonances et de rimes, La Fontaine se sert de toutes les ressources de la forme versifiée pour dynamiser le récit, lui donner l'allure naturelle d'un conte, à mi-chemin entre prose et poésie. Par ailleurs, le rapport, constitutif du genre, entre récit et morale, est subverti, ou du moins assoupli par La Fontaine, qui explore toutes les possibilités que peut lui fournir cette structure de l'apologue. S'abstenant souvent de formuler la morale (c'est le cas, notamment, de la première fable du recueil, «la Cigale et la fourmi»), proposant parfois deux fables propres à illustrer la même morale (comme pour «le Héron» et «la Fille», Fables, VII, 4), ou, à l'inverse, deux morales expliquant la même fable, il invite le lecteur à lire la fable comme un jeu, et à prendre ses distances avec toute tentation de moralisme. Charge est alors donnée au lecteur de suppléer à l'absence de dogmatisme du fabuliste en dégageant, selon sa propre subjectivité, une leçon morale qu'on s'abstient de lui formuler de façon univoque. Car les Fables de La Fontaine, c'est là peut-être leur caractéristique la plus spécifique, déploient, à l'échelle de la fable, comme à l'échelle du recueil, une esthétique de la conversation. Abondant en dialogues, leur récit est composé d'une polyphonie de voix narratives, qui leur donnent leur dimension théâtrale : la morale elle-même se trouve parfois dans la bouche d'un personnage, comme le Renard («Apprenez, Monsieur du Corbeau, que tout flatteur vit au dépend de celui qui l'écoute!», «le Corbeau et le renard», Fables, I, 2). Mais surtout, le fabuliste se met lui-même en scène sur le théâtre de ses fables, prenant le lecteur à parti, nourrissant certains des récits d'expressions personnelles («Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi; je m'écarte, je vais détrôner le Sophi, on m'élit roi, mon peuple m'aime. Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant : quelque accident fait-il que je rentre en moi-même!; je suis gros Jean comme devant!», «la Laitière et le pot au lait», Fables, VII, 9). Ainsi, le conteur-fabuliste joue-t-il un rôle de médiateur, par rapport à la société policée de ses lecteurs, désignée par les épîtres-liminaires de chacun des douze livres du recueil. À cette société, il adresse, en images et en discours, la figure d'un monde imaginaire, reflet voilé et plein de grâce du monde dur, féroce et cruel de la société des hommes. Telle est la fonction du conteur-fabuliste qui cherche à ménager une distance esthétique entre la vérité des «choses de la vie» et les sentiments délicats de ses auditeurs civilisés.
Ses sources
En ce qui concerne le texte même de la source, pour les auteurs grecs : Esope, Babrius, Aphtonius.
Le Livre de chevet de La Fontaine a semblé être le Névelet. C'est une tradition chez les commentateurs de La Fontaine de penser qu'il a eu recours, pour trouver les fables dont il s'est inspiré, à un recueil très en vogue à l'époque très commode et très complet: Mythologia Aesopica Isaaci Nicolai Neveleti, Francfort, 1610. On y trouve, non seulement le texte d'Esope avec sa traduction en latin, le tout enrichi de gravures.
Les fabulistes cités ici, à titre de "sources" de la Fontaine sont:
Esope: Fabuliste grec (VII° VI° siècle avant JC). Personnage à demi-légendaire, esclave bègue et bossu. D'après Plutarque, il fut mis à mort par les Delphiens. Esope vivait à la cour du roi de Lydie et écrivit des fables en s'inspirant des contes orientaux avant que La Fontaine ne s'inspirât des siens. Esope offrit à La Fontaine des canevas brefs et simplets. En fait, il donna à La Fontaine l'idée et l'intrigue de la fable que celui-ci mettait ensuite en forme.
Phèdre: Ecrivain latin (15 av JC, 50 Ap JC). Il imita Esope dans ses 123 fables qui dotèrent la littérature latine d'un genre nouveau.
Faërne: Né à Crémone en 1520. Il composa sur l'ordre de Pie IV 100 fables en vers imitées d'Esope, pour la plupart écrites dans un latin très élégant.Parues en 1564, soit 2 ans après sa mort, elles jouirent d'une telle popularité que Charles Perrault en fit paraître à Londres, en 1718, une belle édition dont le titre était: Cent fables en latin et en français choisies des anciens auteurs, mises en vers par G. Faërne et traduites par Charles Perrault.
Verdizotti: Fabuliste italien (1530-1607). Comme Faërne, il publia 100 fables sous un titre analogue et qui traitent à peu près les mêmes sujets:Cento Favole Morali (1570). Il y a lieu de penser que c'est lui qui imita Faërne, et non le contraire. Il n'est pas impossible que La Fontaine s'en soit inspiré.
Abstémius:(ou Bévilacqua): Bibliothécaire du Duc d'Urbin (Fin du XV°, début du XVI°). Il écrit en prose latine 200 fables. Elles sont parfois assez bien tournées et La Fontaine y eut recours de plus en plus dans ses dernières fables (Livres 9 à 12).
Haudent: Poète normand du milieu du XVI° Siècle. Il a imité en vers, et d'assez près, toutes les fables d'Esope, au point d'en donner autant de versions différentes qu'il y a de versions différentes dans le texte original. "Trois cent soixante et six apologues d'Esope, très excellent philosophe, premièrement traduits en latin par plusieurs illustres auteurs, Laurens Valle, Erasme et d'autres, et nouvellement de latin en rythmes français par M.Guillaume Haudent", Rouen, 1547. Il est très vraisemblable que pour certaines fables, la Fontaine se soit inspiré de la version de Haudent
Flavius Avianus: (II° siècle) a écrit 42 fables, d'un style latin douteux et d'un style un peu emphatique: l'art de dire de façon compliquée les choses même les plus simples.
Aphtonius d'Antioche: (II° siècle): utilisa certaines fables comme exercices de style.
Babrius, appelé aussi Gabrias par La Fontaine (III° siècle) A écrit un certain nombre de fables, mais qui ont été souvent égarées. Ses fables ont été déformées par un moine: Ignace qui les avait raccourcies en quatrains peu agréables à lire. La Fontaine s'inspira peu de cet auteur, si ce n'est pour certains thèmes.
Gilles Corrozet a traduit un certain nombre de fables d'Esope. La Fontaine ne s'est que peu inspiré de lui, ni de Guillaume Guéroult qui avait également travaillé sur Esope. Seules quelques tournures de phrases peuvent être rapprochées.
Les fabulistes orientaux, connus de La Fontaine par les histoires racontées par Bernier, grand voyageur, de retour des Indes en 1669. La Fontaine s'inspira notamment des fables de Pilpay, dont l'original était écrit en sanscrit. La Fontaine s'en procura un exemplaire traduit en français sous le titre "Les lumières canoniques" par Gaulmin. Quelques fables tirées d'ouvrages arabes ou hébreux ont également parfois inspiré La Fontaine.
Les personnages des Fables :
Ces personnages, au nombre incroyable de quatre cent soixante-neuf, peuvent être classés en plusieurs catégories:
Parlons, tout d'abord des animaux. Ils sont au nombre de cent vingt-cinq.
On y trouve d'abord les forts et les puissants: le chat, le lion, la lionne, le loup, le renard, l'aigle, le milan et le vautour.
D'un autre côté, on trouve les faibles, les victimes: le mouton, l'agneau, la brebis, le chevreau, l'âne, la souris, les poissons.
Le chien, les grenouilles, le serpent, l'éléphant, le rat, sont parfois forts, parfois faibles en fonction de l'animal auquel ils sont confrontés.
Les personnages naturels apparaissent parfois dans les fables: la lune, le soleil, le vent, le pot.
Dans les livres VII à XII, La Fontaine introduit à loisir les végétaux et d'autres éléments de la nature: l'eau, les torrents, la mer, les jardins, les citrouilles, le gland.
Viennent aussi les personnages humains:
Cent vingt-trois hommes, de toutes les classes sociales, du plus pauvre au plus illustre de tous: le roi qui apparaît trente-deux fois dans les fables. On trouve des paysans, des juges, des médecins, des riches et des bourgeois, des curés, des métayers et des seigneurs. Ils ont, bien sûr les qualités et les défauts des hommes: ils sont ivrognes, cupides, avares, distraits, égoïstes, méchants, courtisans et serviles. Ils cherchent la gloire et la richesse, ils croient à la fortune plus qu'au travail.
Peu de femmes, par contre: seulement quinze, et pas toujours sous leur meilleur jour: bavardes, mauvaises épouses, noyée même!!!
Les personnages mythologiques; au nombre de quatre-vingt-cinq, ils apparaissent souvent pour rendre compte de leur puissance aux hommes. Ils arrivent parfois comme juges, pour séparer des conflits entre différents personnages. Parfois, même, ils sont personnages de fables à part entière (Phébus et Borée VI, 3).
Enfin, les personnages historiques, littéraires, légendaires et philosophiques apparaissent quatre-vingts fois.
Je n'oublierai pas la Mort, qui, à mon avis, tient une place importante et à part dans l'oeuvre de La Fontaine.
La querelle des anciens et des modernes.
Controverse sur les mérites respectifs des écrivains de l'Antiquité et de ceux du siècle du Louis XIV, qui divisa le monde littéraire français à partir des années 1670. Elle reprend un débat déjà agité au XVIe siècle, celui qui oppose les imitateurs des Anciens à ceux qui prônent le rejet des modèles antiques et l'invention de formes modernes. Suivant l'exemple de Descartes et de Pascal, les Modernes (Charles Perrault , Quinault, Saint-Évremond , Fontenelle, Houdar de La Motte) critiquent l'Antiquité parce qu'ils contestent le principe d'autorité, en raison du progrès des techniques et des sciences, et en raison de l'ennui que les auteurs anciens peuvent susciter auprès d'un public mondain et féminin : la permanence des lois de la nature interdit, selon eux, de considérer les Modernes comme inférieurs à leurs ancêtres. Les Anciens (Boileau, Racine, Bossuet, La Bruyère, La Fontaine) ne peuvent répondre sur le terrain de la théorie, mais invoquent le génie des écrivains antiques, d'Homère et de Virgile, pour expliquer qu'ils doivent rester des modèles dans la pratique des arts. Cette querelle se déroula en trois étapes principales. Dans la première, le débat portait sur l'épopée et le poème héroïques. Boileau , dans son Art poétique (1674), condamnait les tentatives de création d'une épopée nationale, faisant appel au merveilleux chrétien, préconisant le respect des modèles grecs et latins, le recours à la mythologie. La querelle s'élargit à la question de l'emploi du français au lieu du latin dans les inscriptions. La deuxième étape, la plus importante, commença en 1687, avec le poème que Charles Perrault présenta à l' Académie : le Siècle de Louis le Grand critique les Anciens, fait l'éloge des contemporains, proclame le siècle de Louis XIV supérieur à celui d'Auguste. Boileau s'indigna et attaqua, soutenu par La Bruyère . Les Modernes exposèrent leurs thèses dans la revue le Mercure galant. Arnauld réconcilia les adversaires dans les dernières années du siècle. Vingt ans plus tard, la querelle reprit, à propos de la traduction d'Homère en prose par Mme Dacier, que La Motte adapta en vers, supprimant ce qu'il appelait des longueurs pour adapter l'Iliade aux goûts modernes. Cette fois-ci, l'apaisement vint de Fontenelle. Bien plus que le faux problème de la supériorité, cette querelle posait la question du progrès et de la naissance d'idées nouvelles, soutenues par une nouvelle esthétique.