1ère / Biographie La Fontaine, ses sources, la querelle...

Jean de La Fontaine

1°) Biographie

Jean de la Fontaine est né à Chateau-Thierry le 8 juillet 1621.
Son père Charles, alors âgé de 27 ans, était maître des Eaux et Forêts et Capitaine des Chasses.
Sa mère, née Françoise Pidoux, était originaire de Coulommiers dans le Poitou. Elle avait 12 ans de plus que son époux et était déjà mère d'une fille d'un premier mariage.
On ne connaît que peu les premières années de La Fontaine. On sait néanmoins qu'il étudia au collège de Château-Thierry jusqu'en troisième. Il y apprit surtout le latin, mais, soit par négligence, soit par paresse, ne s'intéressa pas au grec. Il le regrettera plus tard quand il aura besoin de certains textes anciens dont il ne pourra lire que les traductions latines.
C'est à cette époque qu'il fit la connaissance des frères Maucroix: Louis et François qui restera son plus fidèle ami et son confident.
En 1641, il entra à l'Oratoire, rue St Honoré, à Paris. Mais la vie monacale ne l'intéressait pas plus que le travail scolaire qu'il avait rejeté. Dans cette école, il appréciait surtout le calme et la tranquillité qui lui permettait de s'adonner à la lecture, son passe-temps préféré. Malheureusement pour ses maîtres, ses lectures n'étaient pas celles prônées par l'Oratoire. Il quitta cet établissement 18 mois plus tard.
Il se remit alors aux études de droit et décrocha, en 1649, un diplôme d'avocat au parlement de Paris.
Entre temps, en 1647, son père le maria à Marie Héricart, alors âgée de 14 ans (1647). Mais ce mariage de complaisance ne fut pas un mariage heureux, c'est le moins que l'on puisse dire. Et malgré la naissance d'une enfant, Charles, en 1653, La Fontaine ne fut jamais ni un bon mari, ni un bon père.
En 1652, La Fontaine fut reçu en qualité de Maître des Eaux et Forêts. Il essaya du mieux qu'il pût d'exercer cette lourde tâche. On retrouve sa signature jusqu'en 1671 sur certains écrits du canton de Château-Thierry. En 1672, il vendra l'intégralité de cette charge.
Lorsque le travail lui en laissait le temps (de plus en plus souvent au fil des années !), il partait à Paris rencontrer ses amis. Là, il se mêlait aux sociétés précieuses et surtout libertines de l'époque. Il y rencontrait Maucroix, Furetière, les frères Tallemant, Antoine de la Sablière.
Sa vocation poétique s'éveillait de plus en plus. Il passait de longues heures à lire Malherbe, son préféré, mais il admirait aussi les écrits de Benserade et Voiture, Rabelais et Boccace.
C'était pour lui le moment des petits vers, épîtres, épigrammes, ballades à la façon de Marot. Il traduisit l'Eunuque de Térence (1654), composa une comédie Clymène vers 1659, et un poème: Adonis qu'il offrit à Nicolas Fouquet, alors surintendant des finances.
Il entra à cette époque au service de Fouquet. Il lui dédia 'le Songe de Vaux', ainsi qu'une trentaine de poèmes qu'il devait donner, par contrat, au surintendant. Au moment de la chute de Fouquet, La Fontaine resta son plus fidèle défenseur. Il écrivit à cette occasion 'l'ode au roi' et surtout l'admirable 'Élégie aux nymphes de Vaux. Cette fidélité à Fouquet lui valut rapidement la haine de Colbert, puis celle de Louis XIV lui-même.
Peu après, il se lia intimement avec Molière, Boileau et Racine et écrit 'les amours de Psyché et Cupidon', charmant roman en prose entremêlé de vers(1669).
Après Fouquet, il fut le protégé de la Duchesse de Bouillon et la Duchesse d'Orléans. En 1673, il passa chez Madame de la Sablière, et après la mort de celle-ci en 1693, chez Madame Hervart.

En 1684, il fut élu, non sans mal à l'Académie, au fauteuil de Colbert !! Lisez à ce propos la page consacrée à cette élection. Il fut un excellent académicien, régulièrement présent aux séances. Dans la Querelle des Anciens et des Modernes, il se rangea résolument dans le clan des anciens qu'il défendit avec acharnement. A l'Académie, il retrouva Boileau, Perrault, Furetière.

La vieillesse et la maladie amenèrent sa conversion (1692). Il fut obligé de renier ses écrits licencieux. Il mourut en 1695.

Outre les contes, et surtout les fables qui constituent toute sa gloire, La Fontaine s'est essayé dans tous les genres. Il faut citer Philémon et Baucis en 1685, et particulièrement les épîtres dans lesquelles il excelle: 'épître à Huet', 'Discours à Madame de la Sablière'
Il a laissé une énorme correspondance, notamment des lettres à Madame de La Fontaine (1663) écrites lors de son exil volontaire dans le Limousin, mais aussi une importante série de lettres à son oncle Jannard et à son ami Maucroix.
Ses contes sont divisés en cinq livres publiés en 1664, 1665, 1666, 1668, 1671, 1674 et 1682. Ecrits pour la Duchesse de Bouillon, ils empruntent leurs sujets à Boccace, à l'Arioste et aux nouvellistes italiens.
Ses fables, au nombre de 243 restent son chef d'oeuvre. Certains considèrent la Fontaine comme un copieur qui n'a rien inventé, mais il est certain que sans sa contribution, les noms d'Esope et de Phèdre, entre autres, n'auraient pas le retentissement qu'ils ont maintenant. La Fontaine s'est certes inspiré de ces fables anciennes, mais il les a considérablement améliorées et écrites dans une langue belle et douce à lire.
Plus de 12 000 vers, rien que pour les fables !!! Pas si mal pour un paresseux et un oisif !!!


2°) Son oeuvre

Sans pour autant être sa seule création, les Fables sont incontestablement son chef-d'½uvre. Le premier recueil fut publié en 1668, et ne cessa d'être augmenté de textes nouveaux. Le choix du genre de la fable répondait à une stratégie littéraire complexe, qui peut paraître paradoxale. Remontant à une tradition ancienne (Ésope, VIe siècle av. J.-C.), la fable, ou apologue, est un genre d'origine populaire, consistant en un récit court, souvent agrémenté d'un dialogue, et servant à illustrer une morale. Au cours des siècles, le répertoire de la fable s'est constamment enrichi, constituant un fonds de sagesse populaire et de morale pratique. Les latins (Phèdre, Ier siècle), puis les auteurs français et italiens du Moyen Âge et de la Renaissance ont perpétué cette tradition, surtout présente au XVIIe siècle dans l'usage scolaire : on s'en servait alors dans les collèges comme exercice de traduction et comme leçon de morale. Le genre de la fable est au XVIIe siècle un genre bas, sans dignité littéraire. Or c'est ce genre que choisit La Fontaine, qui y voyait la possibilité de pratiquer une poésie naturelle, spontanée, pleine d'élégante simplicité, propre à plaire au public des salons. Dès la publication du premier livre des Fables, une véritable mode fut lançée : «Il n'y a pas d'instruction qui soit plus naturelle et qui touche plus vivement que celle-ci.», écrivit l'académicien Furetière en 1671.

La Fontaine avait, il est vrai, transformé ce genre simple, quasi rustique de l'apologue ésopique. La grande nouveauté de ses Fables réside dans l'importance accordée au récit. La morale était pour ainsi dire la colonne vertébrale de l'apologue ésopique, le récit n'ayant qu'une fonction secondaire, d'illustration. Chez La Fontaine, au contraire, celui-ci se développe considérablement par rapport à la morale, qui, loin de rester la seule finalité de la fable, en devient plutôt le prétexte. Ainsi, les canevas des fables d'Ésope se transforment-ils en véritables petites scènes de genre, pittoresques et circonstanciées, le plus souvent teintées d'humour. Jouant sur l'alternance irrégulière de différents mètres (octosyllabes et alexandrins, par exemple), utilisant des effets complexes de rythmes, d'assonances et de rimes, La Fontaine se sert de toutes les ressources de la forme versifiée pour dynamiser le récit, lui donner l'allure naturelle d'un conte, à mi-chemin entre prose et poésie. Par ailleurs, le rapport, constitutif du genre, entre récit et morale, est subverti, ou du moins assoupli par La Fontaine, qui explore toutes les possibilités que peut lui fournir cette structure de l'apologue. S'abstenant souvent de formuler la morale (c'est le cas, notamment, de la première fable du recueil, «la Cigale et la fourmi»), proposant parfois deux fables propres à illustrer la même morale (comme pour «le Héron» et «la Fille», Fables, VII, 4), ou, à l'inverse, deux morales expliquant la même fable, il invite le lecteur à lire la fable comme un jeu, et à prendre ses distances avec toute tentation de moralisme. Charge est alors donnée au lecteur de suppléer à l'absence de dogmatisme du fabuliste en dégageant, selon sa propre subjectivité, une leçon morale qu'on s'abstient de lui formuler de façon univoque. Car les Fables de La Fontaine, c'est là peut-être leur caractéristique la plus spécifique, déploient, à l'échelle de la fable, comme à l'échelle du recueil, une esthétique de la conversation. Abondant en dialogues, leur récit est composé d'une polyphonie de voix narratives, qui leur donnent leur dimension théâtrale : la morale elle-même se trouve parfois dans la bouche d'un personnage, comme le Renard («Apprenez, Monsieur du Corbeau, que tout flatteur vit au dépend de celui qui l'écoute!», «le Corbeau et le renard», Fables, I, 2). Mais surtout, le fabuliste se met lui-même en scène sur le théâtre de ses fables, prenant le lecteur à parti, nourrissant certains des récits d'expressions personnelles («Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi; je m'écarte, je vais détrôner le Sophi, on m'élit roi, mon peuple m'aime. Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant : quelque accident fait-il que je rentre en moi-même!; je suis gros Jean comme devant!», «la Laitière et le pot au lait», Fables, VII, 9). Ainsi, le conteur-fabuliste joue-t-il un rôle de médiateur, par rapport à la société policée de ses lecteurs, désignée par les épîtres-liminaires de chacun des douze livres du recueil. À cette société, il adresse, en images et en discours, la figure d'un monde imaginaire, reflet voilé et plein de grâce du monde dur, féroce et cruel de la société des hommes. Telle est la fonction du conteur-fabuliste qui cherche à ménager une distance esthétique entre la vérité des «choses de la vie» et les sentiments délicats de ses auditeurs civilisés.
Ses sources

En ce qui concerne le texte même de la source, pour les auteurs grecs : Esope, Babrius, Aphtonius.

Le Livre de chevet de La Fontaine a semblé être le Névelet. C'est une tradition chez les commentateurs de La Fontaine de penser qu'il a eu recours, pour trouver les fables dont il s'est inspiré, à un recueil très en vogue à l'époque très commode et très complet: Mythologia Aesopica Isaaci Nicolai Neveleti, Francfort, 1610. On y trouve, non seulement le texte d'Esope avec sa traduction en latin, le tout enrichi de gravures.

Les fabulistes cités ici, à titre de "sources" de la Fontaine sont:

Esope: Fabuliste grec (VII° VI° siècle avant JC). Personnage à demi-légendaire, esclave bègue et bossu. D'après Plutarque, il fut mis à mort par les Delphiens. Esope vivait à la cour du roi de Lydie et écrivit des fables en s'inspirant des contes orientaux avant que La Fontaine ne s'inspirât des siens. Esope offrit à La Fontaine des canevas brefs et simplets. En fait, il donna à La Fontaine l'idée et l'intrigue de la fable que celui-ci mettait ensuite en forme.

Phèdre: Ecrivain latin (15 av JC, 50 Ap JC). Il imita Esope dans ses 123 fables qui dotèrent la littérature latine d'un genre nouveau.

Faërne: Né à Crémone en 1520. Il composa sur l'ordre de Pie IV 100 fables en vers imitées d'Esope, pour la plupart écrites dans un latin très élégant.Parues en 1564, soit 2 ans après sa mort, elles jouirent d'une telle popularité que Charles Perrault en fit paraître à Londres, en 1718, une belle édition dont le titre était: Cent fables en latin et en français choisies des anciens auteurs, mises en vers par G. Faërne et traduites par Charles Perrault.

Verdizotti: Fabuliste italien (1530-1607). Comme Faërne, il publia 100 fables sous un titre analogue et qui traitent à peu près les mêmes sujets:Cento Favole Morali (1570). Il y a lieu de penser que c'est lui qui imita Faërne, et non le contraire. Il n'est pas impossible que La Fontaine s'en soit inspiré.

Abstémius:(ou Bévilacqua): Bibliothécaire du Duc d'Urbin (Fin du XV°, début du XVI°). Il écrit en prose latine 200 fables. Elles sont parfois assez bien tournées et La Fontaine y eut recours de plus en plus dans ses dernières fables (Livres 9 à 12).

Haudent: Poète normand du milieu du XVI° Siècle. Il a imité en vers, et d'assez près, toutes les fables d'Esope, au point d'en donner autant de versions différentes qu'il y a de versions différentes dans le texte original. "Trois cent soixante et six apologues d'Esope, très excellent philosophe, premièrement traduits en latin par plusieurs illustres auteurs, Laurens Valle, Erasme et d'autres, et nouvellement de latin en rythmes français par M.Guillaume Haudent", Rouen, 1547. Il est très vraisemblable que pour certaines fables, la Fontaine se soit inspiré de la version de Haudent

Flavius Avianus: (II° siècle) a écrit 42 fables, d'un style latin douteux et d'un style un peu emphatique: l'art de dire de façon compliquée les choses même les plus simples.

Aphtonius d'Antioche: (II° siècle): utilisa certaines fables comme exercices de style.

Babrius, appelé aussi Gabrias par La Fontaine (III° siècle) A écrit un certain nombre de fables, mais qui ont été souvent égarées. Ses fables ont été déformées par un moine: Ignace qui les avait raccourcies en quatrains peu agréables à lire. La Fontaine s'inspira peu de cet auteur, si ce n'est pour certains thèmes.

Gilles Corrozet a traduit un certain nombre de fables d'Esope. La Fontaine ne s'est que peu inspiré de lui, ni de Guillaume Guéroult qui avait également travaillé sur Esope. Seules quelques tournures de phrases peuvent être rapprochées.

Les fabulistes orientaux, connus de La Fontaine par les histoires racontées par Bernier, grand voyageur, de retour des Indes en 1669. La Fontaine s'inspira notamment des fables de Pilpay, dont l'original était écrit en sanscrit. La Fontaine s'en procura un exemplaire traduit en français sous le titre "Les lumières canoniques" par Gaulmin. Quelques fables tirées d'ouvrages arabes ou hébreux ont également parfois inspiré La Fontaine.


Les personnages des Fables :

Ces personnages, au nombre incroyable de quatre cent soixante-neuf, peuvent être classés en plusieurs catégories:
Parlons, tout d'abord des animaux. Ils sont au nombre de cent vingt-cinq.
On y trouve d'abord les forts et les puissants: le chat, le lion, la lionne, le loup, le renard, l'aigle, le milan et le vautour.
D'un autre côté, on trouve les faibles, les victimes: le mouton, l'agneau, la brebis, le chevreau, l'âne, la souris, les poissons.
Le chien, les grenouilles, le serpent, l'éléphant, le rat, sont parfois forts, parfois faibles en fonction de l'animal auquel ils sont confrontés.
Les personnages naturels apparaissent parfois dans les fables: la lune, le soleil, le vent, le pot.
Dans les livres VII à XII, La Fontaine introduit à loisir les végétaux et d'autres éléments de la nature: l'eau, les torrents, la mer, les jardins, les citrouilles, le gland.

Viennent aussi les personnages humains:
Cent vingt-trois hommes, de toutes les classes sociales, du plus pauvre au plus illustre de tous: le roi qui apparaît trente-deux fois dans les fables. On trouve des paysans, des juges, des médecins, des riches et des bourgeois, des curés, des métayers et des seigneurs. Ils ont, bien sûr les qualités et les défauts des hommes: ils sont ivrognes, cupides, avares, distraits, égoïstes, méchants, courtisans et serviles. Ils cherchent la gloire et la richesse, ils croient à la fortune plus qu'au travail.
Peu de femmes, par contre: seulement quinze, et pas toujours sous leur meilleur jour: bavardes, mauvaises épouses, noyée même!!!
Les personnages mythologiques; au nombre de quatre-vingt-cinq, ils apparaissent souvent pour rendre compte de leur puissance aux hommes. Ils arrivent parfois comme juges, pour séparer des conflits entre différents personnages. Parfois, même, ils sont personnages de fables à part entière (Phébus et Borée VI, 3).
Enfin, les personnages historiques, littéraires, légendaires et philosophiques apparaissent quatre-vingts fois.
Je n'oublierai pas la Mort, qui, à mon avis, tient une place importante et à part dans l'oeuvre de La Fontaine.

La querelle des anciens et des modernes.

Controverse sur les mérites respectifs des écrivains de l'Antiquité et de ceux du siècle du Louis XIV, qui divisa le monde littéraire français à partir des années 1670. Elle reprend un débat déjà agité au XVIe siècle, celui qui oppose les imitateurs des Anciens à ceux qui prônent le rejet des modèles antiques et l'invention de formes modernes. Suivant l'exemple de Descartes et de Pascal, les Modernes (Charles Perrault , Quinault, Saint-Évremond , Fontenelle, Houdar de La Motte) critiquent l'Antiquité parce qu'ils contestent le principe d'autorité, en raison du progrès des techniques et des sciences, et en raison de l'ennui que les auteurs anciens peuvent susciter auprès d'un public mondain et féminin : la permanence des lois de la nature interdit, selon eux, de considérer les Modernes comme inférieurs à leurs ancêtres. Les Anciens (Boileau, Racine, Bossuet, La Bruyère, La Fontaine) ne peuvent répondre sur le terrain de la théorie, mais invoquent le génie des écrivains antiques, d'Homère et de Virgile, pour expliquer qu'ils doivent rester des modèles dans la pratique des arts. Cette querelle se déroula en trois étapes principales. Dans la première, le débat portait sur l'épopée et le poème héroïques. Boileau , dans son Art poétique (1674), condamnait les tentatives de création d'une épopée nationale, faisant appel au merveilleux chrétien, préconisant le respect des modèles grecs et latins, le recours à la mythologie. La querelle s'élargit à la question de l'emploi du français au lieu du latin dans les inscriptions. La deuxième étape, la plus importante, commença en 1687, avec le poème que Charles Perrault présenta à l' Académie : le Siècle de Louis le Grand critique les Anciens, fait l'éloge des contemporains, proclame le siècle de Louis XIV supérieur à celui d'Auguste. Boileau s'indigna et attaqua, soutenu par La Bruyère . Les Modernes exposèrent leurs thèses dans la revue le Mercure galant. Arnauld réconcilia les adversaires dans les dernières années du siècle. Vingt ans plus tard, la querelle reprit, à propos de la traduction d'Homère en prose par Mme Dacier, que La Motte adapta en vers, supprimant ce qu'il appelait des longueurs pour adapter l'Iliade aux goûts modernes. Cette fois-ci, l'apaisement vint de Fontenelle. Bien plus que le faux problème de la supériorité, cette querelle posait la question du progrès et de la naissance d'idées nouvelles, soutenues par une nouvelle esthétique.
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# Posté le dimanche 06 mai 2007 17:49

1ère / textes XVIIème siècle

Art Poétique, Chant III, Boileau, 1674

Il n'est point de serpent ni de monstre odieux,
Qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux :
D'un pinceau délicat l'artifice agréable
Du plus affreux objet fait un objet aimable.
Ainsi, pour nous charmer, la Tragédie en pleurs
D'Oedipe tout sanglant fit parler les douleurs (1),
D'Oreste parricide exprima les alarmes,
Et, pour nous divertir, nous arracha des larmes.
Vous donc, qui d'un beau feu pour le théâtre épris,
Venez en vers pompeux y disputer le prix,
Voulez-vous sur la scène étaler des ouvrages
Où tout Paris en foule apporte ses suffrages,
Et qui, toujours plus beaux, plus ils sont regardés,
Soient au bout de vingt ans encor redemandés?
Que dans tous vos discours la passion émue
Aille chercher le coeur, l'échauffe et le remue.
Si d'un beau mouvement l'agréable fureur
Souvent ne nous remplit d'une douce «terreur»,
Ou n'excite en notre âme une «pitié» charmante.
En vain vous étalez une scène savante :
Vos froids raisonnements ne feront qu'attiédir
Un spectateur toujours paresseux d'applaudir,
Et qui, des vains efforts de votre rhétorique
Justement fatigué, s'endort ou vous critique.
Le secret est d' abord de plaire et de toucher :
Inventez des ressorts qui puissent m'attacher.
Que dès les premiers vers l'action préparée
Sans peine du sujet aplanisse l'entrée.
Je me ris d'un acteur qui, lent à s'exprimer,
De ce qu'il veut, d'abord ne sait pas m'informer,
Et qui, débrouillant mal une pénible intrigue,
D'un divertissement me fait une fatigue.
J'aimerois mieux encor qu'il déclinât son nom,
Et dît: Je suis Oreste ou bien Agamemnon.
Que d'aller, par un tas de confuses merveilles
Sans rien dire à l'esprit, étourdir les oreilles :
Le sujet n'est jamais assez tôt expliqué.
Que le lieu de la scène y soit fixe et marqué.
Un rimeur, sans péril, delà les Pyrénées,
Sur la scène en un jour renferme des années.
Là souvent le héros d'un spectacle grossier,
Enfant au premier acte, est barbon au dernier .
Mais nous, que la raison à ses règles engage,
Nous voulons qu'avec art l'action se ménage;
Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli
Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli.



LA BRUYÈRE Les Caractères, 1688

Les Caractères constituent un tableau des contemporains de La Bruyère. Dans le chapitre intitulé « De la cour », l?auteur évoque, sans donner de nom, une région aux moeurs étonnantes

L?on parle d'une région où les vieillards sont galants, polis et civils les jeunes gens au contraire, durs, féroces, sans moeurs ni politesse : ils se trouvent affranchis de la passion des femmes dans un âge où l'on commence ailleurs à la sentir ; ils préfèrent des repas, des viandes, et des amours ridicules. Celui-là chez eux est sobre et modéré, qui ne s'enivre que de vin : l'usage trop fréquent qu'ils en ont fait le leur a rendu insipide ; ils cherchent à réveiller leur goût déjà éteint par des eaux-de-vie, et par toutes les liqueurs les plus violentes ; il ne manque à leur débauche que de boire de l'eau-forte. Les femmes du pays précipitent le déclin de leur beauté par des artifices qu'elles croient servir à les rendre belles : leur coutume est de peindre leurs lèvres, leurs joues, leurs sourcils et leurs épaules, qu'elles étalent avec leur gorge, leurs bras et leurs oreilles, comme si elles craignaient de cacher l?endroit par où elles pourraient plaire, ou de ne pas se montrer assez. Ceux qui habitent cette contrée ont une physionomie qui n'est pas nette, mais confuse, embarrassée dans une épaisseur de cheveux étrangers *; qu'ils préfèrent aux naturels et dont ils font un long tissu pour couvrir leur tête : il descend à la moitié du corps, change les traits, et empêche qu'on ne connaisse les hommes à leur visage. Ces peuples d'ailleurs ont leur Dieu et leur roi, les grands de la nation s'assemblent tous les jours, à une certaine heure, dans un temple qu'ils nomment église ; il y a au fond de ce temple un autel consacré à leur Dieu, où un prêtre célèbre des mystères qu'ils appellent saints, sacrés et redoutables ; les grands forment un vaste cercle au pied de cet autel, et paraissent debout, le dos tourné directement au prêtre et aux saints mystères, et les faces élevées vers le roi, que l'on voit à genoux sur une tribune, et à qui ils semblent avoir tout l'esprit et tout le c½ur appliqués. On ne laisse pas de voir dans cet usage une espèce de subordination ; car ce peuple paraît adorer le prince, et le prince adorer Dieu. Les gens du pays le nomment** ; il est à quelque quarante-huit degrés d'élévation du pôle, et à plus d'onze cents lieues de mer des Iroquois et des Hurons.***

* : Qui ne leur appartiennent pas
** : Il n?y a pas de nom
*** : Tribus indiennes


Blaise PASCAL, Pensées, coll. "Bibliothèque de La Pléiade", Ed. Gallimard, 1954, p. 1160.
Justice et force sont nécessaires l'une à l'autre et pourtant contraires. A travers une dialectique serrée, Pascal, dans ce court extrait, montre comment cette contradiction peut être surmontée.



Il est juste que ce qui est juste soit suivi, il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu'il y a toujours des méchants ; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et, pour cela, faire que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste.

La justice est sujette à dispute, la force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n'a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice et a dit qu'elle était injuste, et a dit que c'était elle qui était juste. Et ainsi, ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste.




« Les Animaux malades
de la peste »
De Jean deLa Fontaine

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse. - Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur.
Et quant au Berger l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance
Qu'en un pré de Moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.


"LE POUVOIR DES FABLES." de La Fontaine

A MONSIEUR DE BARILLON.

La qualité d'ambassadeur
Peut-elle s'abaisser à des contes vulgaires ?
Vous puis-je offrir mes vers et leurs grâces légères ?
S'ils osent quelquefois prendre un air de grandeur,
Seront-ils point traités par vous de téméraires ?
Vous avez bien d'autres affaires
A démêler que les débats
Du lapin et de la belette,
Lisez-les, ne les lisez pas ;
Mais empêchez qu'on ne nous mette
Toute l'Europe sur les bras.
Que de mille endroits de la terre
Il nous vienne des ennemis,
J'y consens ; mais que l'Angleterre
Veuille que nos deux rois se lassent d'être amis,
J'ai peine à digérer la chose.
N'est-il point encor temps que Louis se repose ?
Quel autre Hercule enfin ne se trouverait las
De combattre cette hydre ? et faut-il qu'elle oppose
Une nouvelle tête aux efforts de son bras ?
Si votre esprit plein de souplesse,
Par éloquence et par adresse,
Peut adoucir les c½urs et détourner ce coup,
Je vous sacrifierai cent moutons : c'est beaucoup
Pour un habitant du Parnasse ;
Cependant faites-moi la grâce
De prendre en don ce peu d'encens ;
Prenez en gré mes v½ux ardents,
Et le récit en vers qu'ici je vous dédie.
Son sujet vous convient, je n'en dirai pas plus :
Sur les éloges que l'envie
Doit avouer qui vous sont dus,
Vous ne voulez pas qu'on appuie.

Dans Athènes autrefois, peuple vain et léger,
Un orateur, voyant sa patrie en danger,
Courut à la tribune ; et d'un art tyrannique,
Voulant forcer les c½urs dans une république,
Il parla fortement sur le commun salut.
On ne l'écoutait pas. L'orateur recourut
A ces figures violentes
Qui savent exciter les âmes les plus lentes ;
Il fit parler les morts, tonna, dit ce qu'il put.
Le vent emporta tout, personne ne s'émut ;
L'animal aux têtes frivoles,
Étant fait à ces traits, ne daignait l'écouter ;
Tous regardaient ailleurs ; il en vit s'arrêter
A des combats d'enfants, et point à ses paroles.
Que fit le harangueur ? Il prit un autre tour.
" Cérès, commença-t-il, faisait voyage un jour
Avec l'anguille et l'hirondelle ;
Un fleuve les arrête ; et l'anguille en nageant,
Comme l'hirondelle en volant,
Le traversa bientôt. " L'assemblée à l'instant
Cria tout d'une voix : " et Cérès, que fit-elle ?
- Ce qu'elle fit ? Un prompt courroux
L'anima d'abord contre vous.
Quoi ? de contes d'enfants son peuple s'embarrasse !
Et du péril qui le menace
Lui seul entre les Grecs il néglige l'effet !
Que ne demandez-vous ce que Philippe fait ? "
A ce reproche l'assemblée,
Par l'apologue réveillée,
Se donne entière à l'orateur :
Un trait de fable en eut l'honneur.

Nous sommes tous d'Athènes en ce point ; et moi-même,
Au moment que je fais cette moralité,
Si Peau d'âne m'était conté,
J'y prendrais un plaisir extrême.
Le monde est vieux, dit-on : je le crois ; cependant
Il le faut amuser encor comme un enfant.
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# Posté le dimanche 06 mai 2007 17:47

1ère/ l'abbaye de Thélème en langue originale

Rabelais, Gargantua_1532 : l?abbaye de Thélème
? Fay ce que vouldras ?, chapitre LVII.

Comment estoient reigles les Thelemites à leur maniere de vivre
Toute leur vie estoit employée non par loix, statuz ou reigles, mais selon leur vouloir & franc arbitre.
Se levoient du lict quand bon leur sembloit, beuvoient, mangeoient, travailloient, dormoient quand le desir leur venoit ; nul ne les esueilloit, nul ne les parforcoit ny à boyre, ni à manger, ny à faire chose aultre quelconques. Ainsi l?avoit estably Gargantua. En leur reigle n?estoit que ceste clause
FAY CE QUE VOULDRAS,
Parce que gents liberes, bien nayz, bien instruictz, conversants en compaignies honnestes, ont par nature ung instinct & aguillon, qui tousjours les poulse à faictz vertueux et retire de vice, lequel ilz nommoient honneur ". Iceulx, quad par vile subjection & contraincte sont deprimez & asservuiz detournent la noble affection, par laquelle à vertu frachement tendoient, à deposer & enfraindre ce joug de servitude ; car nous entreprenons tousjours choses defendues & convoytons ce qui nous est denié.
Par ceste liberté entrarent en louable emulation de faire tous ce qu?a ung seul voyaient plaire. Si quelqu?ung ou quelcune disoit : " Beuvons, " touts buvoient ; si disoit : " Jouons, " touts jouoient ; si disoit : " Allons à l?esbat es champs, " touts y alloient. Si c?estoit pour voller ou chasser, les dames, montées sus belles hacquenées avecq? leurs palefory gorrier, sus le poing, mignonnement engantelé, portoient chascune ou ung espavier, ou ung laneret, ou ung esmerillon. Les hommes portoient les aultres oyseaulx.
Tant noblement estoient aprins qu?il n?estoit entre eulx celluy ne celle qui ne sceust lire, escripre, chanter, jouer d?instruments harmonieux, parler de cinq et six langaiges, & en icelles composer tant en carme, qu?en oraison solue. Jamais ne furent veuz chevaliers tant preux, tant galants, tant dextres à pied & à cheval, plus verts, mieulx remuants, mieulx maniants touts bastons, que là estoient, jamais ne furent veues dames tant propres, tant mignonnes, moins fascheuses, plus doctes à la main, à lagueille, à tout acte muliebre honneste & libere, que là estoient.
Par ceste raison, quand le temps venu estoit qu?aulcun d?icelle abbaye, ou à la requeste de ses parenst, ou pour aultres causes, voulust yssir hors, avecq? soy il emmenoit une des dames, celle laquelle l?auroit prins pour son devot, & estoient ensemble maries ; et si bien avoient vescu àTheleme en devotion & amytié, encores mieulx la continuoient ilz en mariage : & aultat s?entreaymoient ilz à la fin de leurs jours comme le premier de leurs nopces.
Je ne veulx oublier vous descripre ung enigme qui fut trouvé aux fondemens de l?abbaye en une grande lame de bronze. Tel estoit comme s?ensuyt.
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# Posté le lundi 16 avril 2007 10:06

Tale/ Beau et sublime

Au plan théorique, l?art et la littérature gothique s?appuient, sur une notion esthétique élaborée en 1757, toujours en Angleterre, par Edmund Burke : celle de sublime, développée, dans sa Recherche philosophique sur l?origine de nos idées du sublime et du beau , 1757 (remaniée en 1759). Burke se livre dans cet ouvrage à l?examen de la genèse des passions suscitées par le beau et le sublime.

BEAU SUBLIME
Le beau concerne les objets menus aux surfaces lisses, aux lignes droites. Le sublime concerne les objets vastes qui rappellent la notion d?infini, les surfaces rugueuses, irrégulières, les lignes brisées, les hautes lignes verticales (murs ou précipices) qui donnent le vertige.
Le beau confère un sentiment d?équilibre et d?harmonie issu de la symétrie ; l?art qui vise au beau est un art rassurant, mesuré. Le sublime donne le vertige, suggère la crainte et douleur ; pour Burke, tout ce qui évoque un danger, tout ce qui est terrifiant, est (ou peut être) sublime, en particulier les grands spectacles de la nature, comme les lieux sauvages, les océans, les tempêtes ou les avalanches. Il est du côté de la démesure et de la dissymétrie, il cultive le grand et le terrible.
Le beau est un art apollinien, un art de la lumière, des contrastes bien marqués : l?exemple-type du beau serait un temple grec vu sous une lumière méditerrannéenne bien tranchée, mettant en relief tous les contours. Le sublime est entouré de pénombre, compact et massif. Le lieu sublime par excellence serait un vieux château nocturne aux murs immenses. Le sublime se trouve aussi dans les forêts obscures ; il recherche l?imprécision : on devine les contours sans bien les repérer, et la crainte inséparable du sublime vient de l?incertitude et du mystère qui entoure ces lieux : qui se cache dans la forêt ? Qu?y a-t-il dans ce gouffre obscur dont on devine à peine le fond ? L?incertain, l?informe sont le partage du sublime et font frissonner.
Le Beau est du côté de la Raison lumineuse. Le sublime est du côté du mystère ; « Une idée claire est synonyme d?idée étroite », dit Burke.
Le Beau procède d?un art de la vision claire. Le sublime procède d?un art de l?imagination, de la suggestion, on « croit voir », dit Burke, plus qu?on ne voit.
Le Beau dépend de la proportion mathématique, de l?héritage de Vitruve : l?art est à la mesure de l?homme. Le sublime est inséparable de la disproportion : l?homme est démesurément petit dans un univers inquiétant, au milieu de forces menaçantes qui ne sont pas à sa mesure. Le sublime a partie liée au gigantisme. Il aime l?insolite, le bizarre.
Le sentiment visé est un plaisir positif, apaisant. Le sentiment visé par le sublime est un plaisir négatif, que Burke définit comme « Délice » (delight) lié à l?éloignement ou à l?atténuation d?une douleur dont il conserve l?empreinte. Il évoque aussi une « terreur délicieuse » (delightful horror) liée à des sentiments comme l?étonnement, l?admiration ou le respect. Le sublime provoque toujours un frisson, voire un ravissement violent, il est lié à une esthétique de la soudaineté, de la rudesse, de l?obscurité, de la grandeur.
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# Posté le dimanche 04 février 2007 15:58

1ère/ Parnasse

LE PARNASSE
Le mont Parnasse (ou simplement Parnasse, du grec ancien ????????? / Parnassós) est une montagne du centre de la Grèce, qui surplombe la cité de Delphes. Particulièrement vénéré dans l'Antiquité, il était consacré à la fois au dieu Apollon et aux neuf Muses, dont il était l'une des deux résidences.
L'origine du nom est probablement préhellénique. Ainsi, des archives hittites on révélé l'existence d'un toponyme anatolien comparable : Parna¨¨a qui semble dérivé du hittite et du louvite parna signifiant « maison » ou « demeure ». Il semblerait que, primitivement, le sommet du Parnasse, comme celui de l'Olympe, fut considéré comme le haut lieu de culte de l'hiérogamie du Ciel (Zeus) et de la Terre (Gaïa), car on sait que le sanctuaire de Delphes fut d'abord consacré à Gaïa avant d'échoir à Apollon.
L'homonymie avec le quartier parisien de Montparnasse n'est pas fortuite : les étudiants du quartier latin avaient nommé avec humour Mont Parnasse un amas de gravats qui formait, avant 1725, une colline artificielle sur l'actuel carrefour entre le boulevard de Montparnasse et le boulevard Raspail.
Après la Révolution ratée de 1848, après vingt-cinq ans de Romantisme, les écrivains sont de plus en plus nombreux à sentir les limites des épanchements sentimentaux. Le lyrisme de Musset ou de Lamartine apparaît à la fois impudique et usé. De là la nécessité pour certains romanciers comme Flaubert de se frotter à la réalité quitte à ce que cela rogne les ailes à l'imagination; de là aussi le goût de plusieurs jeunes poètes pour un art impersonnel, formellement parfait et dont la froideur n'est pas un défaut mais au contraire un gage de beauté. C'est de ce contexte qu'est né le Parnasse.
Deux maîtres guident l'école parnassienne: Théophile Gautier qui, du sein même du Romantisme, a été le premier à proclamer les vertus de l'Art pour l'Art, d'une poésie dégagée du souci de l'utilité et de la morale, puis Leconte de Lisle qui, en s'inspirant des mythologies de tous les peuples et de toutes les époques, a su enrichir l'univers poétique de nouveaux mots et de nouvelles formes tout en respectant, dans les limites des connaissances de son temps, la vérité historique.
L e mont Parnasse est, dans la mythologie grecque, le lieu de résidence d'Apollon et des neuf Muses. L'usage métonymique de ce nom pour désigner une assemblée de poètes est déjà ancien lorsque l'éditeur Alphonse Lemerre publie à partir de 1866 une anthologie de poésie moderne qui prend le nom de Parnasse contemporain. Le mot désigne tout de suite ces poètes qui se reconnaissent dans leur réaction contre le Romantisme. D'abord groupés autour de Théophile Gautier, il se réunissent le samedi soir chez Leconte de Lisle ou José-Maria de Hérédia : Banville, Villiers de l?Isle-Adam, Sully Prudhomme, François Coppée apparaissent comme les plus représentatifs. Le Parnasse ne revêt aucune des caractéristiques qu'on attend d'une école, et existe surtout à travers une esthétique négative : le refus de la littérature de consommation comme de l'engagement politique.Au lyrisme personnel, les Parnassiens opposent un souci d'impersonnalité qui leur fait fuir les facilités du lyrisme et, à travers leurs métaphores constamment empruntées au domaine de la sculpture, prôner le culte du travail poétique. Loin de l'engagement social des Romantiques, ils se prononcent enfin pour une retraite hautaine, tout entière vouée à la célébration d'une Beauté divinisée. Ces tendances se prolongeront dans le Symbolisme.

Profondément déçus dans leurs aspirations révolutionnaires, les Parnassiens ont manifesté le souci de sortir l'Art de l'arène politique et, plus généralement, des visées sociales que lui assignait le Romantisme. Leur célébration du Beau trouva dès lors un équivalent acceptable dans la beauté plastique de la statuaire hellénique, dont la chaste perfection, alliée au gage que lui donne la durée temporelle, s'oppose aux contingences de l'Histoire. Pour exprimer ce «rêve de pierre», les images et les symboles deviennent systématiques : cygnes immaculés, statues impassibles, pics neigeux, saltimbanques amoureux des étoiles.

Charles Baudelaire
« La Beauté » (Les Fleurs du Mal, 1857)

Sans appartenir au Parnasse, dont il condamnera le culte excessif de la forme, Baudelaire poursuit une méditation esthétique où s'exprime une mystique de l'Art et de la Beauté. Ce culte austère prend même la forme d'une véritable morale, la création poétique constituant à ses yeux «le meilleur témoignage que nous puissions donner de notre dignité » (Les Phares).

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;
J'unis un c½ur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études ;

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !


« Le Fou et la Vénus »
Quelle admirable journée ! Le vaste parc se pâme sous l?½il brûlant du soleil, comme la jeunesse sous la domination de l?amour. L?extase universelle des choses ne s?exprime par aucun bruit; les eaux elles-mêmes sont comme endormies. Bien différentes des fêtes humaines, c'est ici une orgie silencieuse. On dirait qu'une lumière toujours croissante fait de plus en plus étinceler les objets ; que les fleurs excitées brûlent du désir de rivaliser avec l?azur du ciel par l?énergie de leurs couleurs, et que la chaleur, rendant visibles les parfums, les fait monter vers l?astre, comme des fumées. Cependant, dans cette jouissance universelle, j'ai aperçu un être affligé. Aux pieds d?une colossale Vénus, un de ces fous artificiels, un de ces bouffons volontaires chargés de faire rire les rois quand le remords ou l?ennui les obsède, affublé d?un costume éclatant et ridicule, coiffé de cornes et de sornettes, tout ramassé contre le piédestal, lève des yeux pleins de larmes vers l?immortelle déesse. Et ses yeux disent : "Je suis le dernier et le plus solitaire des humains, privé d?amour et d?amitié, et bien inférieur en cela au plus imparfait des animaux. Cependant je suis fait, moi aussi, pour comprendre et sentir l?immortelle beauté ! Ah ! déesse ! Ayez pitié de ma tristesse et de mon délire." Mais l?implacable Vénus regarde au loin je ne sais quoi avec ses yeux de marbre.
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# Posté le samedi 02 décembre 2006 08:45