1ère/ L'Art poétique de Boileau

Nicolas Boileau, Art poétique, Chant III (1674)
Il n'est point de serpent ni de monstre odieux,
Qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux :
D'un pinceau délicat l'artifice agréable
Du plus affreux objet fait un objet aimable.
Ainsi, pour nous charmer, la Tragédie en pleurs
D'¼dipe tout sanglant fit parler les douleurs ,
D'Oreste parricide exprima les alarmes ,
Et, pour nous divertir, nous arracha des larmes,
Vous donc, qui d'un beau feu pour le théâtre épris,
Venez en vers pompeux y disputer le prix,
Voulez-vous sur la scène étaler des ouvrages
Où tout Paris en foule apporte ses suffrages,
Et qui, toujours plus beaux, plus ils sont regardés,
Soient au bout de vingt ans encor redemandés ?
Que dans tous vos discours la passion émue
Aille chercher le c½ur, l'échauffe et le remue.
Si d'un beau mouvement l'agréable fureur
Souvent ne nous remplit d'une douce " terreur ",
Ou n'excite en notre âme une " pitié " charmante,
En vain vous étalez une scène savante :
Vos froids raisonnements ne feront qu'attiédir
Un spectateur toujours paresseux d'applaudir,
Et qui, des vains efforts de votre rhétorique
Justement fatigué, s'endort ou vous critique.
Le secret est d'abord de plaire et de toucher :
Inventez des ressorts qui puissent m'attacher.
Que dés les premiers vers l'action préparée
Sans peine du sujet aplanisse l'entrée.
Je me ris d'un acteur qui, lent à s'exprimer,
De ce qu'il veut, d'abord ne sait pas m'informer,
Et qui, débrouillant mal une pénible intrigue,
D'un divertissement me fait une fatigue.
J'aimerais mieux encor qu'il déclinât son nom,
Et dît : Je suis Oreste ou bien Agamemnon,
Que d'aller, par un tas de confuses merveilles
Sans rien dire à l'esprit, étourdir les oreilles :
Le sujet n'est jamais assez tôt expliqué .
Que le lieu de la scéne y soit fixe et marqué.
Un rimeur, sans péril, delà les Pyrénées,
Sur la scène en un jour renferme des années.
Là souvent le héros d'un spectacle grossier,
Enfant au premier acte, est barbon au dernier .
Mais nous, que la raison à ses régles engage,
Nous voulons qu'avec art l'action se ménage;
Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli
Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli.
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# Posté le vendredi 03 février 2006 13:17

Modifié le lundi 06 février 2006 11:11

1ère/ Citations de Boileau

CITATIONS :
(Source, Petit Larousse, Dictionnaire des citations)

Aimez donc la raison ; que toujours vos écrits
Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix.
L'Art poétique

Aimez qu'on vous conseille, et non pas qu'on vous loue.
L'Art poétique

Ainsi qu'en sots auteurs,
Notre siècle est fertile en sots admirateurs.
L'Art poétique

Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.
L'Art poétique

Ce que l'on conçit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
L'Art poétique

C'est en vain qu'au Parnasse un téméraire auteur
Pense de l'art des vers atteindre la hauteur ...
Si son astre en naissant ne l'a formé poète ...
Pour lui Phébus est sourd, et Pégase est rétif.
L'Art poétique

C'est un droit* qu'à la porte on achète en entrant.
L'Art poétique
* Le droit de siffler au théâtre.

Chaque âge a ses plaisirs, son esprit et ses moeurs.
L'Art poétique

Chez elle* un beau désordre est un effet de l'art.
L'Art poétique
* L'ode.

Dans ce sac ridicule où Scapin s'enveloppe,
Je ne reconnais plus l'auteur du Misanthrope.
L'Art poétique

De la foi des chrétiens les mystères terribles
D'ornements égayés ne sont pas susceptibles.
L'Art poétique

Enfin Malherbe vint, et, le premier en France,
Fit sentir dans les vers une juste cadence.
L'Art poétique

Le Français, né malin, forma le vaudeville.
L'Art poétique
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# Posté le jeudi 02 février 2006 04:39

TLE et 1ère/ Le siècle de Louis XIV

Le siècle de Louis XIV
Louis XIV dit « Louis le Grand » a régné pendant 72 ans sur la France. A cette époque la France était le pays le plus peuplé et le plus vaste de l'Europe. La religion avait une importance capitale. D'ailleurs on surnommait Louis XIV « Le roi trèsreligion ». La bruyère a notamment dit : « Le sujet du roi est un homme né chrétien et français ».
Durant ces 72ans de règne, la France fût certes un « Grand pays », mais ses habitants eux voyaient les choses autrement. Pendant que le roi, lui, voyait défiler des tas et des tas de repas à sa table, les gens du peuple eux connurent de nombreuses famines. Dans bien des cas un très grand nombre d'exploitations ne suffisaient pas à ces paysans pour pouvoir faire vivre et surtout manger, leur famille. En attendant le roi, lui, était connu pour son « bon coup de fourchette » !
Au XIIème, on retrouve les 3 ordres : Le Clergé, La Noblesse, Le Tiers-état.
A la fin de son règne, Louis XIV était conscient qu'il avait commis des erreurs. Sur son lit de mort, envers son arrière petit fils, il aura ces mots : « Mon enfant, vous allez être un grand roi. Ne m'imitez pas dans le goût que j'ai eu pour les bâtiments, ni dans celui que j'aie eu pour la guerre. Tâcher de soulager vos peuples, ce qui j'en suis assez malheureux pour n'avoir pu faire. »
Un jour Victor Hugo écrivit ces mots : « Si j'étais Dieu le Père et si j'avais deux fils,/Je ferais l'aîné Dieu, le second le roi de France ».
Sur le plan artistique et intellectuel le règne de Louis le Grand a été un des rares exemples de création officielle réussie. Son plus grand symbole est bien sûr le château de Versailles. Ce fut le grand siècle de la littérature, de l'architecture et de la peinture. On y créa de nombreuses académies qui existent bien évidemment encore de nos jours. Il y a eut par exemple : l'Académie royale de peinture et de sculpture, celle de la danse, celle des sciences, celle d'architecture, et la Comédie Française.
Biographie de Louis XIV
Louis XIV est né à St Germain en Laye, à côté de Paris, le 5 septembre 1638.Il est décédé à Versailles en 1715. Il est le fils de Louis XIII et d'Anne d'Autriche. Il fut roi de France de 1643 à 1715.
Il reçut comme deuxième prénom, Dieudonné, du fait de sa naissance inespérée qui eut lieu 23ans après le mariage de ses parents.
A la mort de Louis XIII, le roi Soleil n'a que 5 ans. Il est alors placé sous la régence de sa mère. Son parrain, le Cardinal Mazarin, fut chargé de son éducation. Ce dernier exerça une grande influence sur lui. Il lui donna le goût pour l'Art, la culture...Louis XIV, malgré sa jeunesse fut initié très tôt aux questions militaires, politiques et diplomatiques. Il entra très jeune au Conseil, en 1650. Il grandira dans la période de la Fronde (rébellions des nobles). Il fut très marqué par les nombreuses fuites de la famille royale face aux révoltes. En 1651, à sa majorité officielle, la nature de la Fronde change. Toutes atteintes deviennent des « crimes lèse-majesté ». En décembre 1652 il fait arrêté le Cardinal de Retz, un des chefs de la Fronde.
Louis XIV est sacré roi le 7 juin 1654 à Reims. Mais il laisse le gouvernement à Mazarin et continu sa formation militaire auprès de Turenne.
La guerre d'Espagne qui se termina en 1659 donna une épouse au roi. Il épousa sa cousine Marie Thérèse d'Espagne le 9 juin 1660 à St Jean de Luz.
Mazarin meurt dans la nuit du 8 au 9 mars 1661. Le roi a alors 23 ans et déclare à ses ministres : « L e cardinal Mazarin est mort, Messieurs les ministres, c'est à moi que vous vous adresserez désormais. Je veux à l'avenir gouverné moi-même mon royaume. Je ne veux point de premier ministre. Je me servirai de ceux qui ont des charges pour agir sous moi, selon leurs fonctions, et s'il arrive que j'aie besoin de vos conseils, je vous en demanderai. »
Le roi gouvernera donc désormais seul, mais pas tant que ça. En effet il existe plusieurs Conseils. Le Conseil d'en haut (conseil des ministres), le Conseil des finances, le Conseil des parties ou Conseil d'Etat, le Conseil des dépêches (tribunal administratif), le Conseil du commerce, le Conseil de conscience (désigne les titulaires des plus hautes charges ecclésiastiques), et le Conseil de la religion prétendue réformée (s'occupe de la question protestante jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes).
Dans « réflexions sur le métier de roi », Louis XIV livre à son fils sa conception de la politique souveraine et absolutiste. Il y écrira notamment : « Le métier de roi est grand, noble et délicieux, quand on se sent digne de bien s'acquitter de toutes les choses auxquelles il engage ; mais il n'est pas exempt de peines, de fatigues, d'inquiétudes. L'incertitude désespère quelquefois ; et quand on a passé un temps raisonnable à examiner une affaire, il faut se déterminer et prendre le parti que l'on croit le meilleur ». C'est dès le début de son règne (1661), qu'il commencera à mettre sur papier des notes et réflexions. Ses écrits seront appelés Instructions. Et c'est en 1668, parce qu'il s'inquiète de l'éducation de son fils que systématiquement il rédige ses mémoires pour l'instruction politique du « Grand Dauphin ». Mais ce dernier en aura connaissance en 1675 et décédera en 1711, ce qui ne lui laissera pas le temps de les mettre en pratique.
Louis XIV était un homme à femme. Tant au niveau des épouses que des maîtresses et des favorites. Les plus connues sont Mme de Maintenon, Mme de Montespan, Melle de Fontanges, Melle de La Vallière, Marie Thérèse.
Biographie de Mazarin
(1602-1661) C'était un Cardinal et homme politique français. Il est d'origine italienne et a gouverné la France pendant la minorité de Louis XIV. Malgré la dure période de la Fronde il a contribué à renforcer l'absolutisme. Il lia des liens avec Richelieu son prédécesseur.
A la mort de Louis XIII, Anne d'Autriche le prend comme ministre principal et tuteur de Louis XIV, qui à ce moment là n'avait alors que 5ans. En plus d'être liés d'une grande amitié, le Cardinal Mazarin et Anne d'Autriche seraient soupçonnés d'un mariage secret...
C'était un grand collectionneur d'art, et un grand mécène .Il fut le fondateur du Collège des 4 Nations (l'actuel Institut de France). Il ouvrit également sa bibliothèque personnelle, qui aujourd'hui est la bibliothèque Mazarine. Il protégea beaucoup d'artistes, comme Ménage et Lully. On lui doit aussi l'introduction de l'opéra italien en France.
Mazarin fut peu aimé du peuple. Lors de sa nomination de ministre, il entreprit de poursuivre la politique absolutiste de Richelieu. Lors de la Fronde il fut méprisé, malgré qu'il ait eut à c½ur la grandeur de la France. Il profita de son pouvoir pour s'enrichir, mais il privilégia toujours les intérêts de l'Etat avant les siens.
Biographie du Cardinal de Retz
(1613-1679)Ecrivain et homme politique Français qui rapporta dans ses mémoires sa vie exceptionnelle. Son vrai nom est Paul de Gondi. En 1636 il participa à une conspiration menée par le Comte de Soissons contre Richelieu. Il dut attendre la mort du Cardinal et de Louis XIII pour être nommé coadjuteur de l'archevêque de Paris par la régente Anne d'Autriche, en 1643. Il avait une réputation d'agitateur, ce qui lui créa de nombreux ennemis. Quand la Fronde débute, il est au premier rang. Mais au retour de Mazarin il fut désavoué et emprisonné. En 1654 par droit de successeur (de son oncle décédé), il sera au siége archiépiscopal de Paris. Mazarin réclame sa démission mais en vain. Retz réussi à s'évadé de prison et trouve refuge en Espagne, Italie et Flandre. Il mène une vie errant jusqu'à la mort de Mazarin. Il accepte de démissionner en échange de l'Abbaye de St Denis et l'autorisation de revenir en France. Il fut finalement exilé dans son château de Commercy.
Biographie de Turenne
(1611-1675)Maréchal français qui s'illustra lors de la guerre de Trente ans et la Fronde. Il obtint la victoire de la France sur l'Espagne en 1654 et 1658. En 1660 il dirige l'invasion de Flandre lors de la guerre de Dévolution. Il remporta plusieurs batailles allemandes en 1672 et 1673.Il trouva la mort dans la bataille de Sasbach.
Edit de Nantes
C'est un décret fixant le statut des protestants dans le royaume, signé par Henri IV à l'issue des guerres de religion, le 13 avril 1598.
Sa révocation en 1685 signée par Louis XIV interdit au public l'exercice de la religion protestante.
La politique
L'appareil administratif sous Louis XIV est structuré autour de grandes figures : Colbert (ministre), Michel Le Tellier (ministre) et son fils Louvois (ministre, qui joua un rôle important dans l'organisation et la modernisation de l'armée), Hugues de Lionne (ministre), Pomponne (ministre), Colbert de Croissy (secrétaire d'Etat aux affaires étrangères) et Colbert de Torcy (ministre).
Biographie de Colbert

(1619-1683)Homme politique français, responsable des finances et promoteur du mercantilisme. Le mercantilisme : c'est une politique économique qui s'appuyait sur un corps de doctrines préconisant l'intervention de l'Etat pour développer la richesse nationale.
Au début de sa carrière Colbert était au ministère de la Guerre. En 1651 il est engagé par Mazarin pour gérer ses affaires personnelles et gagne la confiance du Cardinal. C'est ainsi qu'il est recommandé au roi.
Il devint un conseiller influent. Il précipita la chute de son prédécesseur Nicolas Fouquet, en dénonçant les malversations de ce dernier, pendant que lui faisait de même pour ses affaires personnelles. C'est ainsi qu'il se construisit une fortune énorme qu'il fit partager à ses proches, qu'il entraîna avec lui dans son ascension sociale.
Il fut nommé successivement : intendant des Finances (en 1661), surintendant des Bâtiments et Manufactures (en 1664), Contrôleur général (en 1665), et enfin secrétaire d'Etat à la maison du roi et à la Marine (en 1669).Il fut tellement influent qu'il eut toute autorité sur l'économie royaume.
Il instaura une « doctrine » économico politique : le Colbertisme. Son but était de faire rentrer le plus d'argent possible, et qu'il en sorte le moins. Ce système a eut des points positifs comme la création de manufactures d'Etat ou privées. Il développa également de nombreuses infrastructures, comme des canaux, des routes etc. Des infrastructures qui à l'époque étaient très bien entretenues.
Pour accroître les richesses du royaume, il favorisa l'expansion coloniale, mais sans grand succès.
Le bilan du Colbertisme : il a permis à l'économie française de sortir du corporatisme, mais il fut remplacé par une réglementation rigide, ce qui freina l'évolution des industries. L'agriculture, fut nettement négligée.
Colbert fut également chargé du mécénat royal des arts et des sciences. Il fonda l'Académie des Inscriptions et des Belles Lettres (en 1663), celle des Sciences (en 1666), l'Académie de France à Rome (en 1666), et l'observatoire de Paris (en 1667).
Dès 1680, son influence déclina. Et on tira comme leçon d'équilibrer les finances du royaume.

Biographie de Fouquet
(1615-1680)Sa politique à lui fut de rétablir les finances publiques. En 1650 il achète le titre de procureur général. Il fut fidèle à Mazarin. En 1653 il fut nommé surintendant des finances. Sa fortune s'accrue grâce à son mariage, et aux désordres du « après » la Fronde. C'est ainsi qu'il commença à s'enrichir considérablement.
Il se fit construire le château de Vaux le Vicomte, et s'entoura d'une cour lettrée (La Fontaine, Molière, Poussin, etc.).
A la mort de Mazarin en 1661, c'est le début de sa chute. Colbert qui avait fait une enquête sur ses comptes le dénonça au roi. Fouquet donna une majestueuse fête dans son château de Vaux le vicomte, ce qui énerva le roi plus que tout, et s'ajouta à l'enquête de ses comptes. Il fut donc arrêté trois semaines plus tard pour détournement de fonds. Son procès dura 3 ans. Il fut tout d'abord condamné au bannissement, puis le roi décida de l'emprisonner à vie. Il fut emmené à la forteresse de Pignerol en 1665, et il y mourut 15 ans plus tard.
Avec cette sanction exemplaire, Louis XIV romput avec la tradition de dépendance financière qui entravait le pouvoir du roi jusqu'alors et s'affirmait comme monarque absolu.

Les guerres
1635 : Richelieu intervient directement dans la guerre de Trente ans. Il déclare la guerre à l'Espagne.
1642 : mort de Richelieu : entrée de Mazarin au conseil du roi.
1643 : Louis XIV succède à Louis XIII. Début de la régence d'Anne d'Autriche.
1648 : traités de Westphalie, qui mettent fin à la guerre de Trente ans. L'Espagne reconnaît l'indépendance des Provinces Unies (Londres-La Haye-Suède). Début de la Fronde.
1653 : Fin de la Fronde
1659 : traité des Pyrénées, qui met fin à la guerre avec l'Espagne. Après 20ans de guerre, la France obtient l'Artois, le Roussillon, et une épouse pour le roi.
1661 : début du règne personnel de Louis XIV.
1667-1668 : la guerre de Dévolution, oppose de nouveau la France à l'Espagne.
1672-1678 : guerre de Hollande, qui oppose la France aux Provinces Unies (coalition contre la France, l'Espagne, la Lorraine et le Danemark).
1682 : Louis XIV et sa cour s'installent à Versailles.
1685 : Révocation de l'Edit de Nantes, qui provoque l'exil de 200.000 protestants.
1688-1697 : la guerre de la ligue d'Ausbourg, oppose une deuxième coalition européenne à la France.
1701-1714 : la guerre de la succession d'Espagne, oppose la France et l'Espagne à une coalition regroupant l'Angleterre, les Provinces Unies, l'Empire et le Danemark.
1715 : mort de Louis XIV.

Pour protéger Paris et le royaume de toutes ces guerres, Louis XIV fait appel à Vauban, qui lui propose l'idée du pré-carré. Cela consiste à reconstruire les forteresses médiévales, on appellera cela la « ceinture de fer ».

Vauban (1633-1707)
Il fut repéré par Mazarin. Participa à la Fronde. A 22ans il devint ingénieur du roi.
Versailles
Versailles est à l'origine un pavillon de chasse construit par Louis XIII pour fuir la cour. Louis XIV qui fut très impressionné par les fastes de Vaux le Vicomte décide d'agrandir et d'embellir Versailles. Il s'engagea personnellement dans cette tâche, et à en faire le manifeste éclatant de l'absolutisme royal. Il confia la réalisation à : Le Vau, Le Brun, Hardouin-Mansart. Le château et le parc (qui mesure 100 ha)furent dessinés par le nôtre, et orné de nombreuses statues. L'eau était le souci constant du roi.
Versailles deviendra dans l'Europe entière la plus prestigieuse illustration du classicisme français.
Au XVIème et XVIIème siècle, on regardait peu la cour de France. Les plus regardées étaient celles de Vienne et Madrid. Mais l'installation à Versailles va tout changé. Une installation à la campagne qui a plutôt déplu aux gens de la cour. La cour n'était accessible qu'à partir de l'âge de 45ans.
La résidence royale était donc à Versailles, alors que Colbert aurait souhaité qu'elle se trouve au Louvre. Le roi n'a pas trouvé mauvaise, mais il n'a jamais rien fait pour que cela se fasse.
La chapelle changeait de place presque tous les ans. Elle a changée de place 6 fois en tout. La chambre du roi elle a changée de place 3 fois.
La galerie des glaces ne verra le jour que très tard. Elle mesure 73m de long, 13m de large, 12.5m de hauteur, et elle possède 357 miroirs et 17 portes fenêtres.
A la mort de Louis XIV, le château ne servit plus à rien pendant 7 ans. Mais en 1722 Louis XV et sa cour s'y installe et reprennent exactement les mêmes coutumes que du temps de Louis XIV, même si avec le temps Louis XV privilégiera l'intimité.

Biographie de Le Nôtre
(1613-1700)Architecte et paysagiste français à qui l'on doit la création du jardin à la française. Il travailla pour le château de Vaux le Vicomte où il élabora le premier jardin à la française, en collaboration avec Le Vau. Il réalisa également celui de Versailles, Chantilly, des Tuileries et des parcs royaux anglais de Whitehall, Greenwich et Hampton Court. Et le jardin du palais royal de Turin.

Biographie de Le Brun
(1619-1690)Peintre français ayant contribué de façon essentielle et artistique à la France de Louis XIV. Il fut très précoce. Il partit pour Fontainebleau pour étudier les ½uvres des maîtres anciens conservés dans la collection royale. Il travailla notamment pour Richelieu. Puis il fut envoyé à Rome, où il rencontra Poussin. De retour à Paris il se forgea un style classique. En 1648, aux côtés de Colbert, il contribua à la création de l'Académie royale de peinture et de sculpture, dont il deviendra chancelier à vie en 1663. Il fut très recherché pour décorer des plafonds. Il réalisa pour le château de Sceaux, le palais du Louvre, l'Hôtel Lambert. En 1658 il se voit confier la décoration de Vaux le Vicomte. S'étant assuré les faveurs de Louis XIV avec plusieurs tableaux il fut nommé premier peintre royal et anobli en 1662. Un an plus tard il devient directeur de la manufacture Royale des tapisseries et meubles des Gobelins. De 1679 à 1684 il dirigea le travail de la décoration de Versailles. Il y réalisa notamment l'escalier des Ambassadeurs, la Galerie des glaces, et les jardins. La mort de Colbert en 1683 interrompt sa carrière officielle, même s'il garde jusqu'à la fin de sa vie les faveurs du roi. A la fin de sa vie il se tournera vers les tableaux de chevalet et les peintures religieuses.
Biographie de Poussin
(1594-1665)Peintre français. Au début de sa vie il n'était pas destiné aux arts. Mais un jour un peintre passa dans son village, et ainsi il trouva sa vocation. Il découvra à Paris les collections Royales de peintres de la Renaissance, comme Raphaël, Le Titien. Il chercha alors à se rendre à Rome. Il y rencontra Gianbattista Marino, poète italien ayant les faveurs de la reine mère Catherine de Médicis. Ce poète lui commandera des dessins illustrant Les métamorphoses d'Ovide. Il parviendra également à le faire engagé pour le chantier du Palais du Luxembourg.

Biographie de Le Vau
(1612-1670)Architecte français. Il fut l'un des principaux acteurs du classicisme français. Au début de sa carrière il réalisa de nombreux hôtels particuliers à Paris. Notamment sur commandes de membres du Parlement. Il réalisa le château de Vaux le Vicomte, les plans du collège des Quatre Nations, dont l'hémicycle devait répondre par delà la Seine à une nouvelle cour du Louvre, dite la cour carrée dont on lui avait confié le projet. En 1661 il entre au service du roi. A Versailles il fut chargé de doublé la surface habitable du château de Louis XIII.
La cour
On ne s'ennuyait pas à la cour. En effet l'ambiance y était très mouvementée, conspirations, empoisonnements, rumeurs...
Généralement on pense que la cour était inaccessible, mais pourtant c'était tout le contraire. Il suffisait d'être bien habillé, d'avoir des chaussures et une épée. A la cour, il résidait 8000 à 10.000 personnes, y comprit les plus « Grands », comme des peintres, des écrivains, des ministres, des architectes etc. Le roi les avait tous réunis pour mieux les contrôler.
A la cour tout le monde se battait pour assisté aux nombreuses cérémonies de la vie du roi qui avaient lieu tout au long de la journée. Le lever, le repas, la messe, le conseil le coucher. Le roi se levait et se couchait avec au moins une dizaine de personnes dans sa chambre. Lorsque le roi était absent on faisait une révérence devant le lit vide. La plupart des jolies femmes rêvaient de se coucher dans son lit.
L'italien Primi Visconti a dit : « La cour est la plus belle comédie du monde ».
Le but de toute personnes de la cour était d'approcher le roi et d'avoir ses faveurs, mais tout en surveillant ses voisins. Il s'était donc développé un esprit de compétition surmonté d'une grande touche d'hypocrisie.
A la cour, pour être il faut paraître, pour paraître, il faut avoir, et pour avoir, il faut plaire.
Le roi lui prenait un malin plaisir à s'informer des « potins » de la cour, desquels il s'amusait quelques fois beaucoup. Il avait même un réseau d'espions.
Avant que la cour ne s'installe à Versailles le 6mai 1682, cette dernière est déjà tâchée de scandales. En 1674, il y a la conspiration de Louis de Rohan contre le roi. Il finira à la bastille, puis sera exécuté. En 1679, il y a l'affaire des poisons. On apprend que plusieurs personnes de la cour on eut recourt à des aphrodisiaques, des philtres d'amour, et à la sorcellerie. Plusieurs ordres d'arrestations son donnés. Un ne sera pas exécuté, celui envers Racine, soupçonné d'avoir empoisonné sa maîtresse. La marquise de Montespan, mère des enfants du roi, aurait tenté d'empoisonner la favorite du roi Melle de Fontanges. Le roi a étouffé l'affaire.
A la fin du règne du roi soleil, la cour décline. Vieillesse oblige, Louis XIV se lasse de tous les artifices de la cour. Il vit de plus en plus dans les appartements de Mme de Maintenon (qui a créée St Cyr), contrairement à avant, où il ne la voyait que très peu. Cet à ce moment là que beaucoup de gens de la cour quittent Versailles. Août 1715 le roi tombe malade. Il meurt le 1er septembre au matin, au moment où l'horloge sonne 8h15. On s'écrit : « Le roi est mort, vive le roi ! ». Et contrairement à ce que l'on croit, le roi n'a pas dit « l'Etat c'est moi », mais il a dit : « Je m'en vais, mais l'Etat demeure ».
Les grands auteurs du siècle
Ce siècle fut un des plus « Grands » siècle. On y retrouve tous les plus grands de la littérature française. Perrault, Boileau, La Fontaine, Molière, Racine, Corneille, Chapelain, Furetière, La Rochefoucauld, La Bruyère...
Charles Perrault (1628-1703) Fut avocat pendant un temps.
Ecrivain français et grand défenseur des modernes dans la querelle des Anciens et des modernes. Il a tout d'abord écrit des textes satiriques (l'Enéide burlesque 1648, Les murs de Troie ou L'Origine du burlesque 1649). Mais très tôt il avait commencé à s'occuper de son travail d'habile courtisan de Louis XIV, avec des écrits précieux (le Miroir ou La métamorphose d'Orante 1660). Ses écrits lui vaudront de régner 20ans durant sur le contrôle des ½uvres artistiques et littéraires ainsi que sur les gratifications accordées aux artistes au titre du mécénat royal. Il fut contrôleur général de la surintendance des bâtiments du roi sous Colbert, membre de la commission des inscriptions public. En 1671 il est élu à l'académie française. En 1683 il perd son influence officielle sous la réunion de ses ennemis, notamment Boileau et Racine, et tout cela en plus de la perte de son protecteur Colbert. Il relate dans ses Mémoires sa longue carrière de courtisan. Le 27 janvier 1687, il fait lecture de son poème intitulé Le siècle de Louis Le Grand à la gloire du roi devant les membres de l'Académie. Il y expose l'idée contenue dans ces deux vers : « Que l'on peut comparer, sans crainte d'être injuste, le siècle de Louis, au beau siècle d'Auguste ». La querelle des Anciens et des Modernes qui couvait depuis des années est relancée.
Boileau (1636-1711) Fut avocat pendant un temps.
Il est à l'origine de l'Art poétique, une ½uvre qui théorise l'essentiel esthétique classique
C'est à la mort de son père qu'il décide de consacrer pleinement à la poésie. Il s'illustre d'abord dans le genre satirique. Il attaque les gens en vue de la société de son temps, ce sont souvent des auteurs qu'il considère comme concurrents. En 1665 il écrit Le Chapelain décoiffé : parodie du Cid, écrite avec Racine et Furetière. Il y prend pour cible le poète Chapelain, qui était responsable du choix des auteurs pensionnés par le roi. Puis un jour où il s'écarte de la satire et travaille à la composition de l'Art poétique, inspiré d'Horace.
Boileau était nettement plus jeune que Corneille, Molière, La Fontaine, et contemporain de Racine
Il a publié l'Art poétique en 1674, un an après la mort de Molière, 6 ans après les Fables de La Fontaine et vers la fin des écrits de Racine.
Puis il se met à écrire des Epîtres. Les épîtres sont des lettres adressées à quelqu'un et traitant de sujets politiques, philosophiques, etc, souvent sur un ton satirique. Trois de ces épîtres célèbrent Louis XIV.
Après tous ces nombreux écrits, il est enfin reconnu, en 677 il reçoit avec Racine la charge honorifique et très lucrative d'historiographe du roi, puis en 1684, il est élu à l'Académie Française.
La Fontaine ->voir biographie de Mr Cuttoli sur son blog.
Racine ->voir biographie de Mr Cuttoli sur son blog.
Molière (1622-1673) Fut avocat pendant un temps.
Dramaturge, directeur de troupe et acteur français. Il a fixé le modèle de la comédie classique. Il incarne l'auteur classique français par excellence. Il a écrit des farces, des comédies d'intrigues, des comédies ballets, des grandes comédies et des pièces à machines. Ses ½uvres trouvent leur unité dans le rire. Certains de ses personnages sont devenus des archétypes. Ses pièces sont souvent mises en scène et elles tiennent une place majeure dans l'éducation actuelle. Il fut le fils d'un bourgeois parisien qui était tapissier du roi, c'est-à-dire fournisseur officiel de la Cour. Son enfance fut marquée par de nombreux deuils successifs.
Corneille (1606-1684)
Dramaturge français, il rénova la comédie et fut l'un des plus grands auteurs de tragédies de son siècle. Son ½uvre est extrêmement variée. En 45 ans il a écrit plus de 30 pièces, dont des comédies, des tragi comédies, des tragédies, des pièces à machines et des comédies héroïques. Il explora les nombreuses ressources de l'art dramatique à une période où le théâtre connaissait de profonds bouleversements.
Chapelain (1595-1674)
Homme de lettres et poète français, il fut l'un des fondateurs de l'Académie française. Il gagne les bonnes grâces et la protection de Richelieu. En tant que membre fondateur de l'Académie française il participa à l'organisation du travail des académiciens, consistant à compiler un dictionnaire et une grammaire de la langue française. Il fut également appelé à donner son opinion sur les auteurs de son temps.
Furetière (1619-1688) Ancien magistrat.
Ecrivain français à qui l'on doit le dictionnaire universel publié en 1690. Il fit concurrence à celui de l'Académie, pour la rédaction duquel il se fit exclure alors qu'il était académicien. Il est aussi l'auteur de romans satiriques, par exemple : le Roman bourgeois, 1666, dont les thèmes sont des situations avec des personnages réalistes et qui sont aux antipodes des codes et des conventions du romanesque aristocratique de l'époque.
La Rochefoucauld (1613-1680)
Duc né de la noblesse. Fut enfermé à la Bastille puis exilé pour conspiration contre Richelieu. Il fut également impliqué dans la Fronde. Il a fréquenté les Salons de Mme de la Fayette, Mme de Scudéry, de la marquise de Sévigné. Il déclina le fauteuil de l'Académie qu'on lui offrit. Son ½uvre majeure son ses Maximes.
Auteurs ayant célébré le « Grand Siècle »
Perrault, avec son poème L e siècle de Louis Le Grand.
Boileau
La Fontaine
Molière
Voltaire, avec son ½uvre Le siècle de Louis XIV, écrite pour critiquer le règne de Louis XV. Egalement avec La galerie des fêtes.
La Marquise de Sévigné
Le Baron de Breteuil
Saint Simon
La Princesse Palatine
Madame Campan
Félix d'Hézecques
Chateaubriand
La Comtesse de Boigne
Stephan Zweig
Sacha Guitry
José Canabis
Découvertes et inventions
Galilée
Descartes
Newton, qui découvre la dispersion de la lumière par un prisme.
Marly, qui invente une machine élévatoire des eaux de la Seine pour l'alimentation en eau du château de Versailles.
James Watt, avec la machine à vapeur, qui sera ensuite utilisée sur les bateaux, et qui aura un rôle important dans la révolution industrielle.
C'est à cette époque que l'on commence à voir la Terre autrement. On y effectue la première mesure de la vitesse de la lumière. Et on y découvre les globules rouges et les spermatozoïdes.
Les philosophes
Leibniz
Descartes
Pascal
Types architecturaux
On passe du Baroque au classique.
Le Louvre
Versailles
St Pierre de Rome
La place Vendôme
Les Invalides
Musique
Bach
Vivaldi
Lully
Delalande
Couperin, avec ses “Concerts royaux” devant Louis XIV à Versailles.
La danse
Le roi se sert de la danse pour asseoir son pouvoir. Elle sert à célébrer sa gloire. Le roi suivait quotidiennement des leçons de danse et apparaissait dans de nombreux ballets. Quand il arrive au pouvoir en 1661, il fonde l'Académie royale de Danse. Il possédait également une troupe royale.
Les jeux et les loisirs
Le Billard, il se pratiquait sur terre battue. Richelieu l'avait inscrit au programme de l'Académie royale pour les nobles. De même que les mathématiques, l'histoire, l'escrime. Puis il décida que l'on y jouerait sur une table de chêne. Le roi y jouait tous les soirs.
Le Tennis, réservé à la noblesse. Son ancêtre est le jeu de longue paume.
Le Badminton, dit le « jeu du volant ».
La Lutte
L'Equitation
La pêche.

# Posté le mercredi 18 janvier 2006 05:45

1ère/ Pour une introduction sur La Bruyère

Jean de La Bruyère (1645-1696)

D'origine bourgeoise et de formation juridique, La Bruyère est comme étranger au monde où il vit, de manière solitaire et contemplative. Dans la vie on décrit sa touchante volonté de plaire, il est inoffensif et par conséquent délaissé ; en littérature, en revanche, il porte à sa perfection l'art de la médisance ; son extrême politesse est une façade qui cache sa misanthropie et, en véritable entomologiste, il prend des notes, classifie, épingle, trie et classe dans des tiroirs les specimens humains (Les Caractères consacrent d'ailleurs un texte long et disproportionné à la manie de la collection). Trois ans avant sa mort, en 1693, il accède à la reconnaissance et entre à l'Académie.

Il est l'homme d'un seul livre et le créateur du genre qu'il perfectionne sans cesse. Il commence à travailler aux Caractères dès 1670 ; la première édition, en 1688, est anonyme : La Bruyère ne signe pas son livre mais le place sous le patronage du philosophe grec Théophraste, disciple d'Aristote, dont il traduit les caractères, et dont les siens se donnent sous la forme d'une modeste suite, intitulée "Les caractères ou moeurs de ce siècle". Le livre rencontre un succès immédiat ; huit autres éditions suivront de son vivant, comprenant de nombreux enrichissements et modifications : de 420 caractères on passe à 1120, numérotés en 16 chapitres.

La Bruyère fait allusion aux Maximes de La Rochefoucauld et aux Pensées de Pascal comme des ouvrages comparables quoiqu'un peu différent. Face à la part du burlesque dans son style, on peut dire qu'il prolonge également Scarron. Il annonce aussi Montesquieu et Voltaire. Son projet de moraliste, décrire les caractères et moeurs de son temps pour en révéler les ridicules et les injustices, dépasse l'étude des individus pour aborder l'analyse sociale et même politique : s'intéressant à l'homme dans la société, il stigmatise la corruption, les injustices et inégalités, les excès et les ambiguïtés de l'église.

Si le contenu des Caractères est amer, la forme en est ciselée. Cette succession d'exercices de style se caractérise par une grande variété tant dans la longueur que dans le registre (petits dialogues, récits, tableaux, maximes, réflexions, portraits?) des alternances très étudiées entre abstrait et concret, individu et société, moral et physique, une grande diversité des incipits et des chutes. Elle conjugue le naturel, la clarté et la précision du langage avec une esthétique de la trouvaille et de la surprise permanente. Le terme de "caractère" renvoie également à une conception visuelle et plastique de l'écriture : La Bruyère parle de son art comme d'une optique qui, à juste distance, met les choses en perspective. On pourrait presque qualifier d'impressionniste son écriture, tant il propose une vision disloquée et toujours relative du monde, en demandant au lecteur une accomodation du regard.
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# Posté le lundi 16 janvier 2006 04:42

1ère/ "Le Pouvoir des Fables" de La Fontaine

LE POUVOIR DES FABLES.

A MONSIEUR DE BARILLON.

La qualité d'ambassadeur
Peut-elle s'abaisser à des contes vulgaires ?
Vous puis-je offrir mes vers et leurs grâces légères ?
S'ils osent quelquefois prendre un air de grandeur,
Seront-ils point traités par vous de téméraires ?
Vous avez bien d'autres affaires
A démêler que les débats
Du lapin et de la belette,
Lisez-les, ne les lisez pas ;
Mais empêchez qu'on ne nous mette
Toute l'Europe sur les bras.
Que de mille endroits de la terre
Il nous vienne des ennemis,
J'y consens ; mais que l'Angleterre
Veuille que nos deux rois se lassent d'être amis,
J'ai peine à digérer la chose.
N'est-il point encor temps que Louis se repose ?
Quel autre Hercule enfin ne se trouverait las
De combattre cette hydre ? et faut-il qu'elle oppose
Une nouvelle tête aux efforts de son bras ?
Si votre esprit plein de souplesse,
Par éloquence et par adresse,
Peut adoucir les c½urs et détourner ce coup,
Je vous sacrifierai cent moutons : c'est beaucoup
Pour un habitant du Parnasse ;
Cependant faites-moi la grâce
De prendre en don ce peu d'encens ;
Prenez en gré mes v½ux ardents,
Et le récit en vers qu'ici je vous dédie.
Son sujet vous convient, je n'en dirai pas plus :
Sur les éloges que l'envie
Doit avouer qui vous sont dus,
Vous ne voulez pas qu'on appuie.

Dans Athènes autrefois, peuple vain et léger,
Un orateur, voyant sa patrie en danger,
Courut à la tribune ; et d'un art tyrannique,
Voulant forcer les c½urs dans une république,
Il parla fortement sur le commun salut.
On ne l'écoutait pas. L'orateur recourut
A ces figures violentes
Qui savent exciter les âmes les plus lentes ;
Il fit parler les morts, tonna, dit ce qu'il put.
Le vent emporta tout, personne ne s'émut ;
L'animal aux têtes frivoles,
Étant fait à ces traits, ne daignait l'écouter ;
Tous regardaient ailleurs ; il en vit s'arrêter
A des combats d'enfants, et point à ses paroles.
Que fit le harangueur ? Il prit un autre tour.
" Cérès, commença-t-il, faisait voyage un jour
Avec l'anguille et l'hirondelle ;
Un fleuve les arrête ; et l'anguille en nageant,
Comme l'hirondelle en volant,
Le traversa bientôt. " L'assemblée à l'instant
Cria tout d'une voix : " et Cérès, que fit-elle ?
- Ce qu'elle fit ? Un prompt courroux
L'anima d'abord contre vous.
Quoi ? de contes d'enfants son peuple s'embarrasse !
Et du péril qui le menace
Lui seul entre les Grecs il néglige l'effet !
Que ne demandez-vous ce que Philippe fait ? "
A ce reproche l'assemblée,
Par l'apologue réveillée,
Se donne entière à l'orateur :
Un trait de fable en eut l'honneur.

Nous sommes tous d'Athènes en ce point ; et moi-même,
Au moment que je fais cette moralité,
Si Peau d'âne m'était conté,
J'y prendrais un plaisir extrême.
Le monde est vieux, dit-on : je le crois ; cependant
Il le faut amuser encor comme un enfant.
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# Posté le samedi 14 janvier 2006 12:29